Dans un long entretien accordé au magazine I-D, Bad Bunny est revenu sur son évolution artistique et personnelle. Il a notamment fait le point sur à son premier entretien avec le média en 2018. L’artiste de 31 ans, devenu une figure mondiale de la musique, regarde son parcours avec une certaine nostalgie : "Pour te dire la vérité, j’ai l’impression que c’était il y a dix ans. Réel, différent, étrange. Je faisais d’autres choses, je pensais à d’autres choses (…) professionnellement, j’ai beaucoup grandi". Un constat partagé par sa communauté, puisque son ascension a largement contribué à donner plus de visibilité à la culture latine dans les médias anglophones. "Je suis fier de faire partie de quelque chose comme ça", a d’ailleurs confié le chanteur.
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Une résidence comme retour aux sources
Sa résidence à San Juan, intitulée No Me Quiero Ir de Aquí, soit Je ne veux pas partir d’ici, a été pensée comme un hommage vivant à Porto Rico et à ses racines musicales. Bad Bunny explique : "Je voulais donner vie à l’album, montrer à quoi il ressemblerait s’il était physique – et c’est ce que tu vois. C’est la campagne. C’est un peu de notre passé, de notre culture, de ce qu’est la bomba, mais avec mon son – le son d’aujourd’hui, du futur. C’est une fête, c’est de la nostalgie, c’est de la lutte… c’est du romantisme".
Pour lui, cette expérience est marquée par une "innocence éternelle", un esprit festif qui rappelle Un Verano Sin Ti, soit Un été sans toi, mais avec une "portoricainité" encore plus affirmée : "La fierté, le sentiment de patrie qui unit les générations. On l’a toujours ressenti dans mes concerts, mais dans celui-ci, c’est bien plus marqué". La scénographie mêlait une forêt luxuriante évoquant la nature de Porto Rico et une maison rose symbolisant le foyer. Un contraste volontaire : "La maison représente un foyer où l’on grandit… une maison censée être la nôtre, mais qui pourrait aussi ne pas l’être. C’est aussi un foyer que l’on peut être obligé de quitter, et que beaucoup ne voudraient pas abandonner".
La salsa comme langage de l’âme
Dans son nouvel album DeBÍ TiRAR MáS FOToS, l’artiste assume pleinement un retour à la salsa, à la bomba et à la plena. "J’avais depuis longtemps envie d’essayer de faire un album de salsa. Mais je me disais toujours que ce serait pour plus tard – genre : ‘peut-être quand j’aurai 40 ans’. Mais pourquoi attendre si longtemps ?", s’est-il finalement questionné. Cette exploration musicale s’est accompagnée d’un apprentissage personnel, comme la danse : "Je n’ai jamais été un grand danseur, mais j’ai toujours aimé la salsa. Quand on a commencé à travailler sur cet album, j’ai décidé d’apprendre – tout mon groupe d’amis a commencé à prendre des cours de salsa. Au moins je connais les bases, donc si je suis ivre, je peux danser toute la nuit. Mais j’aime danser parce que je ressens la musique, tu vois ? C’est comme un langage du corps, un langage de l’âme".
Pas de concerts aux États-Unis
Interrogé par I-D sur son choix de ne pas se produire aux États-Unis, l’artiste a confirmé que cette décision était motivée par une inquiétude vis-à-vis des politiques migratoires et des déportations de Latinos. "Il y avait beaucoup de raisons pour lesquelles je n’ai pas joué aux États-Unis, et aucune n’était liée à la haine – je m’y suis produit de nombreuses fois. Tous ces concerts ont été des succès", a-t-il commencé.
Et d’assurer : "Tous ont été magnifiques. J’ai adoré me connecter aux Latinos qui y vivent. Mais spécifiquement pour une résidence ici, à Porto Rico, qui est un territoire non incorporé des États-Unis…". Puis de reprendre : "Mais il y avait cette question : genre, putain, ICE pourrait être dehors [de mon concert]. Et c’est quelque chose dont on a beaucoup parlé, et qui nous inquiétait". Ce refus est aussi un acte de cohérence avec sa volonté de placer Porto Rico au centre de son œuvre et de sa démarche artistique et comme il a conclu, "C’est toute une expérience !".