Qu’est-ce qui vous a donné l’étincelle pour enregistrer ce nouvel album ?
Sheila Le point de départ, c’est cette tournée, appelée 8.0. Je ne pouvais pas faire de nouveau spectacle sans nouvelles chansons. Je travaille avec la même équipe depuis l’album Venue d’ailleurs (2021). Je leur ai parlé des thèmes que j’avais envie d’évoquer : le racisme, l’antisémitisme… Ce qui a donné, par exemple, la chanson Simone, en hommage à Simone Veil. Avec l’âge que j’ai, je peux me permettre beaucoup de choses. Cela plaît, ou pas… Mais je m’en fous. Je ne suis pas là pour embobiner les gens.
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Est-ce qu’il y a des choses qui ont changé avec le temps, dans votre façon de faire de la musique ?
Le truc, dans ma vie, ce sont les rencontres. Comme celle avec Nile Rodgers (le guitariste du groupe Chic, qui a collaboré avec David Bowie et Daft Punk, ndlr). Il m’a apporté cette chanson, le tube disco Spacer, qui m’a permis de toucher le monde entier. J’ai commencé à collaborer ainsi avec des Américains, j’ai vécu à New York. Je suis très américaine dans mon fonctionnement, je prends des risques, j’ai horreur de la routine. Un jour, j’ai rencontré ce guitariste, Éric Azhar. Je lui ai demandé : « Toi, tu fais quoi ? » Il me répond : « J’ai un groupe, nommé H-Taag. » J’écoute, j’adore. On a commencé à travailler ensemble, notamment pour un spectacle à l’Alhambra, une salle parisienne. J’ai perdu mon fils, Ludovic, à ce moment-là. C’est le plus gros drame de ma vie. Éric m’a dit : « On arrête tout. C’est normal… » Et moi, j’ai refusé. « Si tu veux que je meure, oui, on arrête tout. Si tu veux que je continue à vivre, on ne s’arrête pas. » Les gens ont pu dire que je n’avais pas de cœur, mais c’est faux. Je suis devenue une maman seule, une maman qui avait perdu son enfant. Ce qui m’a sauvée, c’est que je crois en la réincarnation. Je sais que Ludo est là et qu’il nous écoute. Cette période de ma vie, pendant laquelle Éric et les garçons de H-Taag ont été présents pour moi, nous a beaucoup soudés.
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Vous êtes confiante en l’avenir ?
Oui. À mon âge, c’est important de dire aux gens que l’avenir, on se le crée. Qu’il y a toujours de l’espoir. Il n’y a aucune interdiction. J’en ai marre d’entendre ceux qui répètent : « Oh, je suis trop vieux… » Non, il n’y a pas d’un côté des vieux, de l’autre des jeunes. Il y a des cons et des gens intelligents… C’est à chacun de nous de décider si l’on veut bien vieillir, mal vieillir, être malheureux, ou se projeter dans l’avenir. Je ne suis pas quelqu’un qui vit dans le passé et la nostalgie. J’ai des projets. Cela étant, nous ne décidons pas de la date de notre départ. Ça nous tombe un jour sur la tête. En attendant, il faut vivre. Fort.
L’interview de Sheila est à lire en intégralité dans le nouveau magazine Télé 7 Jours. Disponible dans les kiosques dès ce lundi 31 mars.