Kylie Minogue : « Can’t Get You Out Of My Head, n’est pas loin d’être une chanson parfaite »

Publié le 18 septembre 2023 à 10:10
Erik MELVIN
Boostée par le succès du single Padam Padam sorti au printemps dernier, la chanteuse et comédienne australienne s’apprête à titiller les fans de disco et d’electro avec un album (son 16ème) baptisé Tension disponible le 22 septembre. Entretien.

A propos de ce disque, vous dîtes avoir vécu avec un mini studio à côté du lit pendant un an et demi. A chaque idée de mélodie, ou de refrain, vous sautiez dessus pour l’enregistrer ?

Kylie Minogue : Exactement (rires). Pendant le confinement, j’ai appris à maîtriser des logiciels comme Logic ou Pro Tools, et surtout à fabriquer ce fameux mini studio. Parfois, ce n’était que quelques mots enregistrés avant d’oublier, ou juste une prise de voix avec un micro. C’était très libérateur de travailler ainsi. Et je pouvais toujours appeler un producteur ou un DJ si j’étais bloquée, sans trop me demander si j’avais l’air d’une idiote.

La dernière fois que je vous ai vue, vous m’aviez dit que vous étiez un « gentil » tyran avec vos différents producteurs pour choisir vos chansons. Avec ce mini studio, vous les « soumettez » encore un peu plus ?

J’avais développé une forme d’anxiété liée aux enregistrements. On me disait qu’il y avait beaucoup d’argent mobilisé, qu’il fallait que ma voix soit parfaite, pile en arrivant en studio. Cela me rendait malade. Là, si je veux m’enregistrer à 8 h ou 1 h du matin, ou bidouiller un truc des heures durant, je fais comme je veux. Une idée débile ? Je peux aller au bout sans déranger personne. Et il faut beaucoup d’idées idiotes avant de finaliser un morceau. D’ailleurs, j’ai rendu fou quelques personnes à la fin de l’enregistrement de Tension parce que j’avais toujours une idée en plus que je voulais tester, que ce soit avec ma voix, ou sur des arrangements. 

Vous n’aviez pas d’idée précise en vous lançant dans l’élaboration de Tension, mais aviez-vous une couleur musicale ou étiez-vous dans une humeur particulière ?

Non, Tension a été conçu comme une collection de chansons. Mais je pense que mon subconscient était en action. Cela s’entend sur le titre Hold On To Now où je chante : « Où je vais ? Qu’est-ce que je vais devenir ? » A l’époque, je ne vivais pas vraiment dans l’instant. Cela m’a donnée l’idée d’écrire autour de ça : « Accroche-toi au présent » (Hold On To Now). 

De votre point de vue, arriver à enregistrer la chanson parfaite tient de l’art ou plutôt de la science ?

Il faut surtout un peu de chance. Mon Dieu… Je réfléchis. La première chose, c’est que la chanson parfaite diffère selon chacun. J’ai lu un jour une critique sur un titre d’Abba, et elle disait que si vous décortiquiez le morceau, vous remettriez chaque partie exactement au même endroit. Voilà une bonne façon d’identifier une chanson parfaite : vous ne pouvez rien y changer, rien y améliorer.

Avez-vous une chanson parfaite en tête ?

Je pourrais choisir plein de morceaux de Prince. Il était mon héros. Il y a aussi Love To Love You Baby (de Donna Summer, sortie en 1975). Je pense aussi que Can’t Get You Out Of My Head (l’un des tubes de Kylie, sorti en 2001) n’est pas loin d’être une chanson parfaite. Il faut que cela touche à la fois des gens très différents, pas seulement des fans de musique pop, et que cela capture aussi l’esprit du temps. Pour tout cela, Love To Love You Baby produit cet effet-là.

D’une certaine façon, les chansons sont comme des prières aujourd’hui et les pop stars sont un peu comme des chamans qui intercèdent avec l’invisible, non ? Êtes-vous d’accord avec cette idée ?

Oui. Moi aussi, j’ai mes idoles. Quand je parle de Prince, ce n’est pas que pour ses chansons, c’est pour tout ce qu’il représente pour moi. Il m’a autorisé à rêver. C’est pour cela que l’on parle d’icônes ou d’idoles, et que l’on place en eux certains de nos espoirs. Je vous suis complètement sur cette notion de prière et de chamanisme. 

Quand vous écrivez ou enregistrez un morceau, est-ce que vous avez conscience que lorsqu’il sortira il ne vous appartient plus en quelque sorte ?

Tout à fait. Je prends l’exemple de Padam Padam (premier single extrait de l’album Tension, 16 millions de vus sur YouTube), cette chanson a désormais sa propre vie, sa propre énergie. J’adore que l’on me raconte des histoires autour d’un morceau, comme : « On a joué cette chanson à mon mariage. » Dès qu’une expérience humaine est associée à un morceau, cela devient beaucoup plus qu’une chanson.

En enregistrant Padam Padam (16 millions de vus sur YouTube), aviez-vous le classique de Piaf en tête ?

Le morceau m’est parvenu sous forme de maquette avec juste ce titre. J’ai pensé : « Mais c’est la chanson d’Edith ! » Je ne savais pas à quoi m’attendre en l’écoutant. Le morceau m’a pris par surprise. Et j’avoue que je trouve un peu dingue que, dans notre monde, le nom d’Edith Piaf puisse être associé au mien grâce à ces mots… Padam Padam.

Allez-vous tenter d’associer votre Padam Padam et celui d’Edith dans un mash-up ou une version remix ?

Je crois que cela a déjà été tenté par certains sur les réseaux sociaux mais c’est compliqué de mélanger ces deux chansons qui ont des tempos très différents, mais si quelqu’un réussit à en faire une jolie version, j’adorerais l’entendre.

Tension (BMG), disponible le 22 septembre

Par
Frédérick Rapilly