"Non, je ne regrette rien" : c’est ce que vous vous dites après 20 ans de carrière ?
Chimène Badi : Mieux, c’est ce que je me dis au quotidien dans tout ce que j’entreprends ! C’est d’ailleurs pour cette raison que j’ai choisi ce titre comme premier extrait de cet album hommage. C’est un message important pour moi. Je sais que pour Édith Piaf, cette chanson est arrivée à un moment bien particulier de sa vie où elle était très affaiblie par la maladie. Elle s’est rendu compte qu’elle ne voulait plus vivre dans le passé. Aujourd’hui, je ressens la même chose qu’elle. Je vis le moment présent, je me projette dans le futur. Je suis bien, tout simplement.
Vous songiez à cet album hommage depuis longtemps ?
Oui, cela fait des années que l’idée me trotte dans la tête. Mais je sentais qu’il fallait que je vive des choses avant de pouvoir interpréter les titres d’Edith Piaf. Je voulais avoir mon propre parcours de vie et de femme avant de me lancer et de pouvoir interpréter ses chansons, de la manière la plus authentique possible. J’avais envie qu’on sache à quel point elle était vivante. Malgré les difficultés de la vie, malgré son parcours compliqué, c’était une amoureuse de l’amour, une femme qui voulait toujours tout partager.
Le 17 septembre dernier, vous vous êtes produite à Grasse, une ville chère à Édith Piaf (c’est là-bas que la chanteuse a fini ses jours, ndlr). Qu’y avez-vous ressenti ?
Rien que d’en parler, j’en ai encore des frissons… C’est très particulier ce que j’ai vécu ce jour-là. J’ai eu la chance de rencontrer des proches de Edith, notamment la sœur de Théo Sarapo, son dernier mari. J’étais friande de leurs anecdotes, je ne voulais pas en perdre une miette. J’ai fini la représentation en larmes. J’ai mis du temps à m’en remettre émotionnellement.
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Vous avez également rencontré Charles Dumont, le compositeur de Non, je ne regrette rien et Mon Dieu. Que vous a-t-il dit ?
Il m’a parlé de ma sincérité et de mon amour pour Edith qu’il décelait. Quand je suis rentrée dans son salon, il était assis sur un fauteuil. Je ne voyais pas l’entièreté de son corps, juste ses jambes. Je n’ai pas pu faire un pas de plus, je me suis effondrée. Il y avait quelque chose de mystique… J’ai eu le sentiment de le connaître. Le fait qu’il me dise "C’est merveilleux ce que tu es en train de faire, je suis là et je t’accompagne" m’a bouleversée.
Vous avez 40 ans depuis le 30 octobre. Est-ce un grand chamboulement ?
Je le vis très bien, je me sens beaucoup mieux aujourd’hui qu’à 20 ans. Physiquement, c’est sûr que je récupère un peu moins vite qu’avant. Mais mis à part ça, je me sens bien dans mes baskets ! Je porte un regard bienveillant sur moi. Je me suis battue pour ne pas me travestir au fil des années, j’ai tout fait pour ne jamais perdre ma personnalité. Je crois que j’ai réussi.
En 20 ans de carrière, vous avez connu des hauts et des bas, des moments difficiles par rapport à votre image. Est-ce que vous avez eu envie parfois de tout arrêter ?
Oui. Il y a des rencontres qui m’ont abîmée. Mais ces gens qui ont parlé, ce qui a été écrit, ce qui se dit encore sur moi, ça me passe au-dessus aujourd’hui. Je ne suis plus la jeune fille de 18 ans, timide et complexée. J’ai juste envie de profiter de ce qui m’arrive. Soyons conscient des moments de bonheur quand ils s’offrent à nous.
Interview Amandine Scherer
*Chimène chante Piaf (Parlophone). Album disponible le 20 janvier. En tournée dans toute la France à partir du 24 janvier.