Chacun de vos albums semblent suivre votre parcours de vie…
Bilal Hassani : Oui, je suis en train de m’en rendre compte petit à petit. J’en suis à mon troisième album et l’essence de ce que je suis prend toujours le dessus sur le reste dans mes textes. Je suis un artiste "journal intime". J’ai sans cesse ce besoin de faire des mises à jour mais je suis content de constater que j’y mets plus de finesse aujourd’hui. Ma vie est concentrée sur le travail, je me raconte peu en privé. Mais j’entretiens des rapports très fidèles avec mon public, j’essaye de leur donner un peu de moi sans me mettre en danger.
Est-ce que le processus de création de cet album a été différent des autres ?
Très différent. Sur mes deux premiers disques, j’avais la main sur tout. De la première idée jusqu’au dernier souffle de chaque chanson. Pour celui-ci, j’ai ressenti un profond besoin de lâcher prise. J’ai travaillé avec Grand Marnier (la moitié du duo Yelle). C’est lui qui a pris les commandes du vaisseau spatial et qui m’a permis d’être non pas passager mais copilote et de pouvoir avoir une vue d’ensemble. Il y a donc eu de nouveaux rituels, de nouvelles sensations, au point que je me dise : "OK, dorénavant, c’est de cette manière que je veux travailler".
Le titre Il ou elle est-il une manière de dire que vous avez choisi de ne pas choisir ?
En réalité, c’est ce que j’ai toujours fait ! Mais oui, c’est peut-être une manière explicite de l’annoncer. C’est mon droit de réponse à tout ceux qui m’ont dit qu’il fallait que je sois plus clair. Moi, j’ai envie que cela reste aussi flou que dans ma tête. Je suis d’une génération qui a moins besoin de se positionner dans le bleu ou dans le rose.
Pourquoi ce flou dérange, selon vous ?
Parce que c’est une situation étrangère à beaucoup de personnes et que les débats autour de la notion de genre se sont ouverts et refermés peut-être trop vite pour certains. Beaucoup de personnes se disent "On veut bien le maquillage, mais maintenant, vous n’allez pas nous dire que vous êtes un homme et une femme ?". Mais j’ai confiance en l’humain. Si on continue d’expliquer les choses simplement, je suis sûre que tout ira bien.
Il y a un titre sur l’album qui a été très douloureux à accoucher et à enregistrer. Il s’agit de Quelle heure est-il (une chanson qui fait écho au viol que le chanteur a subi et qu’il a évoqué dans l’émission Sept à huit, ndlr). Est-ce que le fait qu’il existe sur cet album vous fait du bien ?
Beaucoup. Ce morceau, c’est la colonne vertébrale de l’album, c’était une épine dans le dos que j’ai pu arracher. Je savais que si je ne le faisais pas, les choses allaient devenir très compliquées pour moi, pour rester sain dans mon corps et dans mon esprit, pour la suite de ma carrière. C’était maintenant qu’il fallait le faire et je suis très content parce que c’est un morceau terriblement juste. Je le dis sans prétention parce que ce n’est pas moi qui l’ai écrit.
Interview Amandine Scherer