On sent chez vous une fulgurance à sortir cet album…
Calogero. C’est surtout l’envie de ne pas faire attendre mon public, de casser les cheminements habituels. Les chansons étaient prêtes, j’avais envie de les présenter et je suis content parce que j’ai l’impression que l’album résonne vraiment fortement.
C’est aussi pour ne pas vous faire attendre vous ?
Oui, sinon j’aurais encore fait d’autres chansons et il aurait fallu sortir un autre album tout de suite après ! (Rire).
Vous l’avez écrit et composé en tournée. L’énergie y est-elle différente ?
Oui, surement grâce au public. Le fait d’avoir une histoire d’amour avec ces gens vous projette parfois dans les chansons. Vous vous dites : "Tiens, celle-là, peut-être que ça va raisonner en eux, peut-être pas…". Je suis toujours surpris parce que ce n’est jamais celles qu’on imagine qui touchent les gens !
Calogero : "J’ai un optimisme naturel"
Vous semblez vous renouveler sans cesse. Vous aimez les premières fois ?
Oui. Je n’ai jamais essayé de refaire deux fois la même chanson. J’ai cette envie d’exploration, de me mettre parfois devant, puis parfois dans l’ombre : c’est ce qui fait naître les premières fois, le début de quelque chose. Je ne veux pas perdre la fraîcheur.
Vieillir vous fait peur ?
Non, je n’ai pas ce problème-là. J’en ai d’autres, mais pas celui-là ! (Rire)
Titre après titre, on sent une formidable dose d’optimisme et d’espoir. C’est votre état du moment ?
Il faut toujours garder l’espoir, la lumière. Moi, j’ai un optimisme naturel. J’ai toujours essayé de rebondir. Je crois que cela vient de ma rencontre avec la musique, à l’adolescence. Avec elle, j’ai compris que je pouvais tout faire, tout explorer, que tout était possible, même socialement. Elle m’a permis de rencontrer des gens, de faire des kilomètres, d’aller dans de nouvelles villes, de nouveaux pays, de gagner ma vie alors que j’étais apprenti plombierou baby-sitter. J’ai exercé plein de métiers différents. C’est pour cette raison que la musique est toujours quelque chose d’extrêmement profond chez moi.
À lire également
Calogero, ses rares confidences sur ses enfants : “Je ne serais pas un père équilibré si…”
Sur le titre X, vous évoquez votre passé d’élève en échec scolaire et votre rapport difficile avec l’école. Ce n’est pas la première fois. Le fait d’être un artiste reconnu et d’écrire des textes aussi beaux, est-ce une forme de revanche ?
Je ne voulais pas tourner en rond avec ce sujet. J’avais déjà évoqué l’échec scolaire avec mon rôle dans le téléfilm Respire (diffusé en 2023 sur M6, ndlr). Pour quelqu’un qui a été en échec scolaire, jouer un professeur, c’est l’ironie du sort. La chanson X, c’est autre chose. Elle dit qu’on peut ne pas avoir 10 sur 10 à l’école etposséder plein de qualité et une capacité à être quelqu’un de bien. Je crois que c’est l’histoire de beaucoup de gens. C’est une chanson que j’ai envie de partager dans des écoles. Je voudrais la chanter avec des enfants, les rassurer et leur dire qu’on ne doit pas être soumis à une notation rigide.
Vous partagez une chanson avec Soprano, Prends ma main, qui est particulièrement puissante…
J’avais vu un reportage où des pêcheurs siciliens et tunisiens sauvaient des migrants, contre l’avis du gouvernement italien qui le leur interdisait. Je les ai entendus dire « prend ma main, mon frère ». Cette phrase m’a marquée. La chanson prend tout son sens avec Soprano puisqu’avec ses origines comoriennes et les miennes, il aurait pu être le migrant et moi le pêcheur.
Vous partagez également En harmonie avec votre fille Nina. Qui a proposé cette collaboration à l’autre ?
C’est moi, parce que j’aime sa voix. Et j’aimais l’idée de chanter à deux voix comme ça, à la manière de Franck Sinatra et de sa fille, Nancy. Elle est déjà dans un univers très artistique, elle monte des petits films, avec des bouts de ficelles. Elle fait son chemin en tant que comédienne et en tant que chanteuse. Elle compose ses chansons à elle. Je la laisse faire.
La fille de Calogero "heureuse dans les théâtres, sans vouloir être une star"
Elle vous a parfois rejoint sur scène, en concert. Allez-vous produire son premier album ?
Je pense qu’elle se produira toute seule. Elle n’aura pas besoin de moi….
Ça vous fait peur que vos enfants choisissent la lumière, vous qui avez toujours souhaité les garder dans l’ombre ?
Ça ne me dérange pas à partir du moment où cela fait sens. Un gamin qui clame aujourd’hui "je veux être une star" ne sait pas ce qu’il dit. Ma fille, je sens juste qu’elle est heureuse dans les théâtres, sans vouloir être une star. Aujourd’hui, c’est un mot qui est galvaudé. Le quart d’heure de célébrité, popularisé par Andy Warhol, n’est pas fait pour tout le monde. Et ce n’est pas grave de ne pas vouloir être dans la lumière. Les gens de l’ombre sont des gens extraordinaires. Moi, j’aime être devant, avec ma basse, et faire des concerts. C’est mon truc. Quand les gens me voient sur scène, y compris mes amis, ils ne reconnaissent pas ! Mais je n’aime pas être dans la lumière le reste du temps, ça ne m’intéresse pas.
C’est votre 10ème album, celui sur lequel on vous sent le plus serein…
C’est la fin d’un chapitre et le début d’un autre. Aujourd’hui, j’ai envie de faire de la musique différemment, de composer des bandes originales de film et de me lancer dans la création de mon premier spectacle musical. C’est peut-être pour cette raison que je me sens plus serein. C’est vrai que si je fais le bilan des dix albums,c’est magnifique tout ce qui s’est passé. Le plus compliqué c’est de durer.
Vous avez justement annoncé monter le Comte de Monte-Cristo sur scène. Est-ce vrai que l’idée vous a été soufflée par votre frère ?
Oui ! Ça fait 10 ans qu’on se prépare, qu’on travaille des thèmes autour de Monte-Cristo. Cette histoire est incroyable. Je le voiscomme un grand spectacle, je ne veux pas faire les choses à moitié. Je vais travailler en étroite collaboration avec le metteur en scène, l’éclairagiste, le chef déco… Je suis passionné d’Histoire et c’est vrai que de de flirter avec un auteur du XIXème siècle, ça me touche beaucoup. J’ai hâte de constituer le casting, peut-être qu’il y aura une ou deux personnes qu’on a oubliées…