Avec ce beau rôle tout en nuances et en intériorité, qu’aviez-vous à cœur de défendre ?
Virginie Efira : Le film démarre à un moment particulier pour mon personnage, qui a un choix personnel à faire. Virginie, qui est mariée, est enceinte de son amant et décide d’avorter. Une décision très intime liée, pour elle, à des questionnements presque métaphysiques sur la vie. J’aimais bien que cette disposition du corps et de l’esprit l’amène à basculer et à sortir du cadre de sa mission de policier. L’autre aspect qui m’intéressait, dans l’histoire, c’est l’idée de mener une lutte contre quelque chose que l’on pense injuste. Avoir une conscience libre contre l’autorité, c’est un beau chemin à prendre. Qu’importe l’issue : essayer, c’est déjà se sauver.
Et vous, quel rapport avez-vous à l’autorité ?
Contrarié. J’ai eu un père aimant, assez autoritaire, mais juste. Pourquoi je parle de ça ? Je remonte aux origines parce que tout a un lien avec l’enfance. À la maison, il y avait des règles, je ne les outrepassais pas. Je n’étais pas une rebelle. Aujourd’hui, je pense qu’il faut toujours interroger l’autorité pour ne pas être juste dans une position de soumission. Il faut apprendre à dire non. Pas transgresser pour transgresser, je n’ai pas cette personnalité-là. Interroger le juste, avant d’interroger la hiérarchie, j’y crois.
Qu’Anne Fontaine vous rappelle, dix ans après Mon pire cauchemar, film dans lequel vous aviez joué, qu’est-ce que cela vous inspire ?
Je savais que l’on retravaillerait ensemble. Ce tournage m’avait marquée, parce que c’est la première fois que je ne trichais pas. Avant, je ne faisais que des comédies et je me forçais à être drôle, même en dehors des prises. Je me disais que, sinon, les gens allaient me renvoyer à coups de pompes ! Avec Anne, je pouvais juste être moi-même. Sans la confiance de certaines personnes, dont elle fait partie, il est difficile de s’extraire de l’image que les gens ont de vous, et même de l’image que vous avez de vous-même.
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Vous êtes aujourd’hui l’une de nos plus grandes actrices et, pourtant, vous restez "intranquille", selon vos propres mots…
Je ne pense pas l’être de manière pathologique, mais je crois que, par essence, le comédien ne peut jamais être tout à fait tranquille, puisqu’il dépend des autres. Si je le suis moins qu’avant, je ne rêve pas de la grande tranquillité que je vois un peu comme un apaisement, un renoncement, une petite mort ! Ce n’est pas hyper sexy. Avant chaque film, je suis remplie de doutes.
Votre ami Nicolas Bedos dit de vous : "Tout le monde aime Virginie." Vous sentez-vous en accord avec votre image ?
Sur l’idée d’être une bonne et gentille fille, franchement, je n’en sais rien et j’imagine que cela doit être un peu plus trouble que ça. En revanche, pour moi, il s’agit plus de trouver un accord entre ce que je suis, ce qui me plaît et ce que je fais. C’est aujourd’hui le cas. Quand on travaille sur un projet, une œuvre qui dépasse notre seule personne et qui, peut-être, contiendra de la beauté, de la grâce, quand cela arrive, alors il y a du sens et ça rend heureux. Ce qui n’a rien à voir avec le succès. On est plus en accord avec soi, on ne triche pas… ou moins !
Police : dimanche 8 janvier à 21h10 sur France 2
Propos recueillis par Julien Barcilon en 2020