Sauver le monde, c’est plutôt sympa ?
Halle Berry : (Rires). Dans un film, totalement ! C’est exactement pour ce genre de rôle qu’on signe quand on devient comédien. Le rôle avait été écrit pour une actrice blanche et le réalisateur, Roland Emmerich, a absolument voulu que joue le personnage de Jocinda. Je lui en suis très reconnaissante. Une femme noire, à la tête de la NASA qui élève quasi-seule son fils, ce n’est pas tous les jours qu’on voit ça !
C’est une vraie récréation de tourner dans un film comme celui-ci ?
Bien sûr mais c’est bien plus compliqué qu’on ne l’imagine en regardant le résultat final. Nous avons passé les trois quarts du tournage dans un vaisseau spatial avec absolument rien autour de nous si ce n’est un fond vert pour incruster plus tard les effets spéciaux. C’est un vrai challenge qui demande énormément d’imagination. C’est l’un des rôles les plus compliqués que j’ai eu à jouer.
Vous pensez que nous ne sommes pas seuls dans l’univers ?
Oui. Je l’ai toujours cru. Je pense que quelque part, il y a plus intelligent que nous.
Au-delà du pur divertissement, pensez-vous que Moonfall trouve une résonnance particulière aujourd’hui ?
Oui. Avec la pandémie, nous avons réalisé que le monde tel qu’on le connait ne tenait qu’à un fil. Bien sûr, dans le film il est question de la lune qui dévie de son orbite et menace de s’écraser sur la terre : nous sommes encore loin d’un tel scénario ! Mais je pense malgré tout qu’on ne peut plus regarder ce genre de divertissement de la même façon qu’avant.
En 2002, vous étiez la première femme noire à remporter l’Oscar de la meilleure actrice. Puis, plus aucune après vous…Qu’est-ce que cela vous inspire ?
J’en ai le cœur brisé. Je pense qu’il y a de très beaux rôles pour les actrices noires. La question est : pourquoi l’Académie des Oscars et ses membres ne les reconnaissent pas ? Ce qui me rassure, c’est que je vois toutes ces femmes afro-américaines qui réalisent aujourd’hui des choses qu’elles n’auraient jamais pu faire il y a 20 ans : produire des films, écrire des scénarios, mettre en scène… Après avoir remporté l’Oscar, rien n’a changé pour moi. Je n’ai pas eu accès aux mêmes rôles que les actrices blanches… Aujourd’hui, quand je vois des femmes comme Viola Davies, Tessa Thompson ou encore Ava DuVernay écrire et produire leurs propres histoires, je trouve que c’est très inspirant. Sidney Poitier, décédé il y a peu, m’avait dit que nous les Noirs, nous devions apprendre à avaler des couleuvres tout en cherchant à en faire quelque chose de plus grand.
Vous avez, vous aussi, réalisé votre premier film Meurtrie, disponible sur Netflix, dans lequel vous jouez une ancienne championne de MMA…
Oui ! D’ailleurs, le scénario avait été écrit pour une jeune femme blanche. Il m’a fallu le retravailler pour qu’il corresponde à mon profil. C’est aussi à ce moment-là que je me suis rendu compte du chemin parcouru à Hollywood car j’ai été extrêmement soutenue dans ces modifications. Je n’aurais jamais imaginé, il y a 20 ans, qu’un jour je réaliserais un film en tant que femme noire dans cette industrie.
Le milliardaire Jeff Bezos a envoyé William Shatner dans l’espace en octobre dernier. Et si Elon Musk vous propose la même chose ?
Non merci ! Ce n’est pas dans mes projets (Rires). J’ai deux très jeunes enfants, ce n’est pas le moment de prendre des risques inutiles.
Propos recueillis en 2022 par Amandine Scherer
Moonfall, jeudi 19 septembre à 21h25 sur TMC