Le réalisateur Guillaume Maidatchevsky dit avoir voulu vous filmer "comme un animal, de façon organique"… Comment le prenez-vous ?
Corinne Masiero : Nous sommes tous des animaux. On a malheureusement tendance à l’oublier. Un coup ça va, on réagit comme ça, un coup ça ne va pas, on réagit autrement. Le talent d’un réalisateur, c’est de faire avec. En particulier avec des enfants, comme c’est le cas ici, même si, pour moi, un plateau de tournage n’est ni la place d’un enfant, ni celle d’un animal. Mais s’il faut le faire, faisons-le en respectant les besoins et les sentiments des animaux et des gosses. Ce qu’a fait Guillaume.
Il faut croire, vu que vous vous étiez promis de ne jamais jouer avec des enfants, ni des animaux…
Pas promis, car ça m’est déjà arrivé. Mais, parfois, des choses m’ont choquée. Comme de tourner avec un nourrisson de quelques semaines. J’ai d’ailleurs dit au père, "ça va, tu l’as loué cher ton gosse ?" J’ai vu aussi des interprètes qui poussent leurs enfants à se lancer dans le métier, pour récupérer les miettes. Je trouve ça assez déplorable. Pour moi, c’est de la maltraitance. Ayant fait part de tout ça à Guillaume, il a été très vigilant là-dessus. En étant particulièrement à l’écoute des besoins et des refus de Capucine Sainson-Fabresse (Clémence, la petite fille qui recueille Rroû, ndlr).
On sent une vraie connivence entre elle et vous…
C’est une super gamine, très en avance sur son âge. Beaucoup d’adultes auraient à apprendre des choses d’elle. Instinctive, très à l’écoute, elle est une formidable force de proposition.
Belle connivence aussi avec Rambo, Furio de son vrai nom, le chien qui jouait dans Mon chien stupide, avec Yvan Attal…
Ah oui, je ne savais pas ? On n’en a pas parlé sur le Marleau qu’on a tourné ensemble. Yvan, je l’aime beaucoup, c’est un putain d’acteur et une chouette personne. Quant au chien, comme les chats et autres animaux du film, ils sont là et font ce qu’ils peuvent. Si, à un moment donné, ils ne font rien, eh bien ils ne font rien et il faut improviser avec ça. C’est un peu comme en théâtre de rue, on ne peut pas tout maîtriser. D’ailleurs, mieux vaut éviter de maîtriser, au risque de foutre en l’air la spontanéité et la sincérité de ce qu’on joue. Encore une fois, c’est une histoire de respect. Si l’animal ne veut pas, il ne veut pas. Il faut faire avec.
Madeleine, que vous interprétez, est considérée un peu comme une sorcière, vivant recluse au milieu des bois. Comment la percevez-vous ?
Moi je n’étudie pas les personnages mais les situations. Je fais des propositions de jeu, après c’est à la réalisation de voir si ça matche ou pas. Ensuite, traiter une nana de sorcière, c’est le combat des femmes, depuis toujours. Quand on n’est pas dans les normes, quand on ouvre sa gueule, quand on est différente, on est traité de sorcière. Au cours des siècles, beaucoup ont payé de leur vie sur un bûcher. Aujourd’hui on a les bûchers médiatiques et ceux des réseaux sociaux, sans oublier les féminicides, qui touchent une nana tous les trois jours.
Derrière les apparences, elle est au fond une sorcière bien aimée…
Elle est peut-être mal aimée de gens qui sont des mal-aimants. On va dire ça comme ça.
Madeleine vit en ermite. Cela ne sera pas le cas dans votre projet de maisons partagées, dans les Hauts-de-France…
Il s’agit quand même de s’éloigner de la ville, qui commençait à me soûler. J’aime bien y retourner de temps en temps mais maintenant, j’ai plus envie de profiter de la nature. Mine de rien, ça rend quand même moins con de se retrouver face aux exigences de la nature. On se retrouve tout petit face à elle. C’est une leçon d’humilité. On en a besoin, surtout nous qui sommes comédiens et comédiennes, avec des égos démesurés. On sera une dizaine de personnes. Chacun aura sa maison, mais des endroits pourront être partagés, et non pas subis, contrairement à une communauté. On s’installera cet été.
Avez-vous d’autres projets pour le cinéma ou la télévision ?
Je vais entamer la promo d’un film intitulé La marginale (en salle le 3 mai, ndlr). Un road-movie dans une voiture sans permis. Ça parle encore des normes et des hors-normes puisque le comédien qui joue avec moi a des handicaps mentaux. On y évoque la richesse que c’est de ne pas suivre la norme. La curiosité que cela amène, par rapport à soi-même, au monde et aux relations qui nous entourent. A côté de ça, je tourne bientôt un film s’inspirant de l’histoire de Rachel Kéké et de ces femmes de ménage de l’hôtel Ibis, qui ont fait grève pendant des mois, avant d’obtenir gains de cause. Ça s’appellera Les petites mains. Et les Marleau continuent…
Interview Frédéric Lohézic
Mon chat et moi", en salles le 5 avril.