Début des années 70, à New York, Sylvester Stallone, fils d’une modeste famille italo-américaine, rêve de cinéma et de Holly wood. Mais, vu sa gueule, paupière tombante, et sa diction spéciale (héritage d’une naissance difficile), l’aspirant comédien ne décroche que des petits rôles de voyous au QI de bulot. Pas de quoi remplir le frigo et, surtout, d’étancher sa soif de cinéma.
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Dans une dèche noire, il accepte de tourner un nanar érotique pour 200 dollars (après le succès de Rocky, il sera rebaptisé L’Étalon italien, le surnom de Balboa). Rien ne va plus pour le futur papa, mais les jeux ne sont pas faits. Le 25 mars 1975, Sly assiste à un combat de boxe totalement déséquilibré entre l’illustre Mohamed Ali et un obscur poids lourds, Chuck Wepner. Contre toute attente, d’un direct du droit au foie, le challenger envoie au tapis l’arrogant champion, avant de s’incliner. « J’ai pensé, finalement, se souvient Stallone, qu’avec quelques qualités physiques, un entraînement sérieux, une vie rigoureuse comme l’a été celle de Wepner, on peut parfois réussir presque l’impossible. Ce combat avait été d’une sauvagerie incroyable et, dans ma tête, a germé alors l’idée du film Rocky. »
En trois jours, Stallone accouche du scénario : « J’étais jeune, débordant d’énergie et j’ai écrit dans un accès de rage. » Son script raconte l’histoire d’un boxeur amateur, prolo de Philadelphie, qui, entre deux combats pour une poignée de dollars, met ses poings au service d’un recouvreur de créances du milieu. Son destin croise celui du champion du monde des poids lourds, Apollo Creed, qui, en pleine crise existentielle et pour faire taire les rumeurs sur ses qualités pugilistiques, veut faire un coup médiatique en acceptant de combattre contre un inconnu prometteur : Rocky Balboa sera son homme. Et l’outsider de saisir sa chance, son rêve américain est à portée de poings.
“NE PAS RESTER UN TOCARD”
Fort de ce script écrit avec ses tripes, entre conte de fées et chronique sociale, Stallone décroche un rendez-vous avec Irwin Winkler, le producteur de Scorsese. Le hic, personne ne veut d’un inconnu pour héros. Robert Redford, Ryan O’Neal, Burt Reynolds sont évoqués. Stallone refuse 150 000 dollars pour se coucher et incarnera finalement le boxeur pour… 23 000 dollars !
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Rocky est son double de fiction et le restera tout au long des sept volets de la saga, pour le meilleur et le moins bon, aussi. Au mitan des seventies, à 30 ans, Sly avait rendez-vous avec lui-même : « La fierté, la réputation et tout faire pour ne pas rester un tocard : c’est ce que raconte Rocky. » D’évidence, ses propos parlent autant du film que de lui. Réalisé pour un million de dollars par John G. Avildsen, le film, succès critique, décrochera trois Oscars en 1977, dont celui du Meilleur film, devant Taxi Driver. Et multipliera sa mise par 225 ! A star is born et, avec elle, l’une des sagas les plus populaires du 7e art. « Rocky représente la meilleure partie de ma carrière. Soyons lucides, le jour de ma mort, les journaux titreront : “Rocky est K.O. !” » Nous le serons aussi, assurément.
Rocky, mercredi 12 mars à 21h10 sur 6Ter