En France, chaque année, environ six cents bébés naissent sous X. Comme ici Théo, remis à l’adoption par sa mère biologique le jour de sa naissance. Selon la loi, celle-ci dispose de deux mois pour revenir sur sa décision. « J’ai voulu raconter ce délai de rétractation, ce temps très court qui sépare la naissance de l’enfant de son placement, où c’est le collectif social qui prend soin de lui. Des assistantes sociales aux familles d’accueil, il y a là des personnes fabuleuses qui travaillent dans l’ombre », raconte la réalisatrice Jeanne Herry. L’idée d’une immersion dans cet univers méconnu, cette France sociale dont elle brosse un magnifique portrait-hommage, s’est imposée après l’appel d’une amie qui lui annonçait qu’elle était sur le point d’adopter un bébé.
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UN BIJOU D’ÉMOTIONS
En parallèle du début de vie de Théo, le film s’attache au parcours au long cours d’Alice, une quadragénaire qui a poursuivi son projet d’adoption en solo après son divorce. « J’ai beaucoup pleuré pendant l’écriture, confie Jeanne Herry. En côtoyant les professionnels du secteur, j’ai compris que leur tâche était de trouver des parents pour un bébé, pas de trouver un enfant pour des parents en manque : ce fut une révélation. » Pupille est un bijou d’émotions et de sensibilité porté par une troupe habitée. La réalisatrice a écrit ce film choral avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Olivia Côte et Gilles Lellouche à l’esprit. Chacun joue sa partition sur mesure en virtuose.
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Dans le rôle d’Alice, Élodie Bouchez est exceptionnelle. « Cela faisait longtemps que l’on ne m’avait pas offert un si beau rôle. J’aime malaxer la matière humaine et les émotions de mes personnages », nous confiait l’actrice. Des émotions qui illuminent l’écran à chaque instant. Ô combien avec Jean, l’assistant familial joué par Gilles Lellouche, qui accueille Théo chez lui dès sa sortie de la maternité. Un contre-emploi dans lequel l’acteur impose sa douceur. Exit l’étiquette erronée de macho viriliste que d’aucuns lui ont collée trop vite. « Mon personnage était écrit avec une telle bienveillance que je me suis glissé dans un bloc de tendresse et de délicatesse », avoue-t-il.
UN TOURNAGE À PART
Sandrine Kiberlain, épatante de drôlerie gauche en cadre du service, se souvient : « Lorsque Gilles prenait un bébé dans les bras, le petit était calme. Il a un fluide ! » Jouer avec des nourrissons répond à des règles strictes. De nombreuses scènes ont donc été tournées avec des poupées. « Comme c’est un film qui met en scène la réceptivité des bébés au langage verbal, il n’était pas question, précise la réalisatrice, de prendre des risques, de les mettre dans des situations potentiellement traumatisantes où ils auraient entendu : “Ta mère n’a pas voulu de toi.” » La rencontre entre Alice et Théo, l’une des plus belles scènes, a été tournée avec un poupon factice ! « Pour moi, raconte Élodie Bouchez, c’était un bébé, mon bébé. J’ai perdu ma voix, j’ai craqué, j’ai fait appel à quelque chose de très intime. Je prenais conscience de ce qu’allait être ce moment précis dans la vie de ce bébé et de cette femme. » À vos mouchoirs !
Pupille, dimanche 17 novembre à 21h10 sur France 2
JULIEN BARCILON