L’Idéaliste (Arte) – Francis Ford Coppola adapte le best-seller de John Grisham : « J’ai retrouvé dans ce livre, le meilleur de la fiction populaire »

Publié le 16 février 2025 à 14:22
DR
En 1998, Francis Ford Coppola signe, sans effets de manche, ce beau film de procès. Une plaidoirie humaniste contre le cynisme des puissants, dans laquelle Matt Damon confirmait son statut de futur grand de Hollywood.

Peut-on rester droit dans un monde de tordus ? Aspirant avocat à Memphis, dans le Tennessee, Rudy Baylor, issu d’une famille modeste, en a l’intime conviction. Et qu’importe si pour faire ses classes (ses armes, serait plus approprié), le novice intègre le cabinet du sulfureux Bruiser Stone, avocat marron lié à la mafia incarné par Mickey Rourke, qui le met entre les pattes de son homme de confiance, Deck Shiffl et, plusieurs fois recalé au barreau, mais cador ès-roublardises de procédure !

Un mentor retors – Dany DeVito nous régale – qui le met d’emblée au parfum avec une devinette de son cru : « Tu sais la différence entre un avocat et une pute ? La pute cesse de te baiser quand t’es mort ! » Le ton est donné… S’il ne veut pas perdre son âme, Rudy va devoir ferrailler tous azimuts. Pour incarner cette oie blanche perdue au milieu des loups, Coppola a choisi Matt Damon, qui, à 28 ans, vient de triompher dans Will Hunting, de Gus Van Sant, pour lequel il a reçu, avec son pote Ben Affleck, l’Oscar du Meilleur scénario. Après Tom Cruise (La Firme), Julia Roberts (L’Affaire Pélican), Matthew McConaughey (Le Droit de tuer ?)…, l’acteur s’illustre à son tour dans une adaptation d’un best- seller signé John Grisham. 

GANG DE REQUINS 

Ancien avocat, l’auteur américain à succès que s’arrache Hollywood ne change pas ici sa recette gagnante : soit un jeune avocat idéaliste qui mène le combat des petits, des modestes contre les nantis, des justes contre les salauds. David contre Goliath, c’est précisément ce qui attend Rudy Baylor, dont la première affaire l’oppose à une compagnie d’assurance santé qui, l’arnaque est systémique, a grugé et laissé mourir un jeune leucémique en refusant la prise en charge de son traitement. Pour se défendre, la compagnie Great Benefit dispose d’une armada d’avocats emmenée par le cynique Leo Drummond (Jon Voight), une pointure incapable d’empathie, dont la seule élégance réside dans ses costumes sur mesure. 

Face à ce gang de requins, Rudy le novice n’a que sa foi dans le droit et sa soif de justice pour alliées : « Je suis seul dans ce procès, sous un feu roulant et j’ai peur, mais ma cause est juste, et je jure de le venger. » Jamais Rudy ne deviendra la caricature d’avocat qu’il redoute, pas question de vendre son âme. « Chaque avocat, dit-il, une fois par affaire, sait qu’il franchit une ligne contre son gré. Si on la franchit trop souvent, alors on devient juste un requin de plus en eaux troubles. » Selon Coppola, ces squales diplômés ne valent pas mieux que les crapules de la mafia. « J’ai retrouvé dans ce livre, le meilleur de la fiction populaire, comme jadis dans Le Parrain, de Mario Puzo : une histoire forte, un environnement et des personnages qui vous captivent de la première à la dernière ligne », explique le cinéaste. Sous sa direction, Damon en impose. « C’était géant. Francis nous place dans des situations de théâtre, des états extrêmes. Il fait tomber toutes les barrières. Il veut que les acteurs se sentent bien, qu’ils forment une vraie équipe. C’est très porteur. Après, on a l’impression de pouvoir tourner dans n’importe quel film ! » Matt ne s’en est pas privé !

L’Idéaliste, dimanche 16 février à 21h00 sur Arte

JULIEN BARCILON 

Par
Julien Barcilon