“Les Promesses illustre la confrontation entre deux mondes : ceux qui sont près de la réalité et la subissent, et ceux qui en sont éloignés et prennent les décisions." Concise, précise, efficace : Isabelle Huppert résume parfaitement le propos de ce thriller politique et social dans lequel elle incarne, avec une force de conviction imparable, une maire de Seine-Saint-Denis qui se bat H 24 pour améliorer le sort de ses administrés, et notamment ceux du quartier des Bernardins, une cité gangrénée par l’insalubrité et les marchands de sommeil. Plus qu’un simple job pour cette ancienne médecin généraliste, maire, c’est un sacerdoce. Ce qui n’exclut pas une vraie lassitude chez Clémence : « Douze ans, ça suffit ! » Madame la maire voudrait passer la main. Mais lorsqu’on lui fait savoir que l’on pense à elle à Matignon pour un poste ministériel, l’édile, grisée autant que flattée, retrouve sa niaque de bête politique.
“LE COURAGE EN POLITIQUE”
« J’éprouve, confie Huppert, une certaine empathie pour Clémence, j’aime son courage politique, sa détermination." Yazid, son directeur de cabinet, issu des Bernardins, est son plus fidèle soutien. Dans le rôle de ce pur produit de la méritocratie républicaine, Reda Kateb brille par son jeu subtil, tout en ambivalence. Pour l’acteur, « ce film montre les ressorts intimes des petits travers, des renoncements, de la médiocrité parfois. Mais, au milieu de ces tambouilles, on voit le véritable impact que peut avoir la politique sur la vie des gens. Cela donne une vision de la banlieue qui, pour une fois, ne passe pas par le prisme de la délinquance, de la police, de l’islamisme dans les quartiers. » Tout dans cette immersion au côté de Madame la maire sonne juste, précis, dénué de toute idéologie. Et il y a aussi, et c’est la force de ce beau film engagé, qui rend ses lettres de noblesse à la chose politique, bien trop souvent dénigrée sur le mode populiste du « tous pourris », du thriller dans l’air : coups tordus, faux-semblants, trahisons, pressions, intimidation sont aussi dans la place.
“LES MAIRES, LES MÉCANOS DE LA RÉPUBLIQUE”
À l’écriture, le réalisateur Thomas Kruithof fait équipe avec Jean-Baptiste Delafon, l’un des auteurs de la série politique de référence, Baron noir. Selon le tandem, qui a la volonté de montrer la réalité du travail de terrain et le dévouement des élus locaux, « les maires sont les mécanos de la République ». Leur ambition était de faire une fiction, non pas sur la conquête du pouvoir, mais sur son exercice difficile, parfois tortueux (« Une promesse non tenue, ce n’est pas un mensonge ! »), mais surtout de « faire un film sur le courage en politique ».
C’est pourquoi il n’est pas question ici d’étiquette partisane : la dimension morale, existentielle de la politique intéresse davantage. « C’est un métier épuisant », explique le réalisateur qui a rencontré de nombreux élus. « En entrant dans leurs bureaux, j’étais choqué de voir leurs photos sur leurs affiches de campagne, je me disais, la vache, il a pris… ! » En contrepoint de cette approche locale, les mains dans le cambouis, Les Promesses zoome sur les manoeuvres des cabinets ministériels d’une violence inouïe, mais policées, où la réalité, à distance, se résume souvent à des chiffres, des arbitrages tactiques, des calculs. Comme l’annonçait Isabelle Huppert, le contraste avec le terrain est saisissant.
Les promesses, lundi 24 mars à 21h10 sur France 3
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