Les Parapluies de Cherbourg (Arte) : Quel sujet tabou a été évoqué dans le film musical de Jacques Demy ?

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:46
Parc Film
Les Parapluies de Cherbourg sera diffusé ce soir sur Arte. Sorti en 1964, le long-métrage musical de Jacques Demy aborde un sujet encore très tabou à l’époque : la guerre d’Algérie.

En 1964, le public français découvre Les Parapluies de Cherbourg, le long-métrage musical signé Jacques Demy. 

Les Parapluies de Cherbourg, un torrent d’émotions auréolé de prix !

Entièrement chanté, ce film bouleversant s’impose immédiatement comme un chef-d’œuvre intemporel, capable de toucher plusieurs générations. Sa partition magistrale, signée Michel Legrand, fait aujourd’hui l’objet d’un hommage dans un documentaire récemment sorti en salles et intitulé : Il était une fois Michel Legrand.

Récompensé par la Palme d’Or au 66ème Festival de Cannes et le prix Louis Delluc, Les Parapluies de Cherbourg continue de séduire à la fois les petits et les grands grâce à son esthétique éclatante et à son audace narrative. Demy y capture ses personnages avec une sensibilité rare, transformant chaque regard, chaque geste, en émotion pure.

Le film réunit des acteurs emblématiques, tels que Catherine Deneuve, Nino Castelnuovo et Anne Vernon, et le réalisateur révèle toute la complexité de leurs émotions dans cette oeuvre marquante.

Une romance marquée par la guerre

Si Jean-Luc Godard avait déjà abordé le thème de la guerre d’Algérie dans Le Petit Soldat (1963), au cœur du récit des Parapluies de Cherbourg, l’histoire de Guy (Nino Castelnuovo) et Geneviève (Catherine Deneuve) dévoile les ravages de la guerre d’Algérie sur la vie personnelle. Alors que le conflit reste un sujet sensible pour l’époque, Demy s’attache à en montrer les conséquences sur les destins individuels. Deux ans seulement après la fin de la guerre, son film est l’un des premiers à en traiter les effets sur la société française au cinéma.

Le récit explore les conséquences tragiques du conflit : la séparation du couple et le mariage forcé de Geneviève avec Roland Cassard, pour protéger sa réputation et celle de son enfant. Un conseil : Préparez vos mouchoirs…

ATTENTION SPOILERS

L’action se déroule de novembre 1957 à décembre 1963. Dans la première partie, Guy et Geneviève découvrent la joie d’un amour naissant, brutalement interrompu lorsque Guy est mobilisé. L’une des scènes les plus poignantes montre Guy annonçant son départ à Geneviève dans un café de Cherbourg, tandis que l’air emblématique de Michel Legrand, Je ne pourrai jamais vivre sans toi, accentue la douleur de cette séparation qui ne laissera personne indifférent.

Dans la deuxième partie, Geneviève rencontre Roland Cassard, qui accepte de l’épouser malgré sa grossesse. Enfin, dans la dernière partie, Guy revient enfin à Cherbourg. Il retrouve Madeleine, une femme fidèle et aimante, qu’il finit par épouser, acceptant un destin différent de celui qu’il avait imaginé avec Geneviève. Leur ultime rencontre dans une station-service achève nos coeurs : Guy reste avec Madeleine, tandis que Geneviève élève leur fille Françoise. L’une des dernières scènes marquantes et poignantes, nous dévoile Guy expliquant à son ancien amour : "Je crois que tu peux partir". La caméra, dans son plan final, effectue un travelling arrière qui nous montre Guy retrouvant Madeleine et leur enfant, avant de s’engouffrer dans la station-service Esso, tandis que Geneviève démarre sa voiture et s’éloigne, le cœur lourd, tout comme celui du spectateur.

Les Parapluies de Cherbourg est bien plus qu’un film musical : c’est une œuvre où amour et destin se mêlent à la tragédie de l’histoire. Le tout est sublimé par une esthétique colorée et une musique inoubliable, capable de toucher le cœur des spectateurs, génération après génération.

Par
Malo Morcel