Avant de vous connaître, la réalisatrice Carine Tardieu vous devinait « pleine de courage ».Vous en a t-il fallu pour interpréter ce rôle ?
Fanny Ardant : À partir du moment où j’aime un personnage, je ne vois pas où est le courage. J’avais son âge, je pouvais donc l’incarner avec ma vérité. Shauna me plaît par sa vulnérabilité, mais aussi parce qu’elle a assez de vie en elle pour se lancer dans cette histoire d’amour folle et tout recommencer.
Shauna rappelle une autre Fanny, celle que vous jouiez dans la série Les Dames de la côte, de Nina Companeez, dans les années 80. Elle disait : « Soyez fou ! J’ai horreur de ce qui est poli et tiède. » Cette ardeur est souvent celle de vos héroïnes…
C’est vrai ! Dans L’Amour à mort, par exemple, réalisé par Alain Resnais, j’interprétais une femme pasteur, qui était altruiste, sereine et calme, complètement à l’opposé de ma personnalité, mais dont je pouvais voir des traces de moi. Au fond, on ne joue qu’avec ce que l’on est.
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Avec François Truffaut, vous avez formé un couple au cinéma et dans la vie. Est-ce de votre rencontre qu’est né votre sentiment que l’amour est la grande histoire de votre vie ?
Ça a commencé avant, à l’adolescence, quand je me suis mise à lire, très tôt, trop tôt ! Quand on m’affirmait que Balzac était casse-pieds, je m’insurgeais : « Il y a de grandes histoires d’amour chez Balzac ! » Donc, je savais que la grande histoire de la vie, pas que de la mienne, c’était l’amour, l’amour perdu, l’amour attendu, l’amour déçu. Ça m’a formée.
Vous combattez le jeunisme…
Rester jeune, mince… C’est la responsabilité de chacune d’entre nous de dire : « Allez vous faire voir ! » J’ai grandi avec une mère et une grand-mère pour qui l’âge n’était pas un sujet. Je pense que l’on se déshonore en se plaignant de deux choses : vieillir et payer trop d’impôts !
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D’où vous vient votre indocilité ?
En partie de mon père. Il était officier de cavalerie et avait beaucoup d’humour. Quand je rentrais de l’école et que je disais : « La maîtresse a dit ça ! », il me répondait : « C’est une idiote ! » Maman poussait des cris. Grâce à lui, j’ai toujours discuté l’autorité.
Les jeunes amants, lundi 13 janvier à 21h05 sur France 3
Propos recueillis par Isabelle Magnier en 2022