"Tu devrais rappliquer rapidement à la mairie !" Ni une ni deux, l’ex-journaliste Michael Straczynski se précipite au service des archives de l’hôtel de ville de Los Angeles. Il y récupère, avant qu’il ne soit détruit, le dossier de l’affaire Collins : un fait divers qui défraya la chronique en 1928 et les années suivantes, avant de tomber dans l’oubli. Selon Straczynski, "cette histoire est tellement lamentable qu’il n’était de l’intérêt de personne de la déterrer". Il fera un scénario du calvaire enduré par Christine Collins. Cette mère célibataire fut la victime d’une véritable tragédie, doublée d’un cauchemar kafkaïen. Au début du printemps, Walter, son fils de 10 ans, disparaît. La police ne lui est d’aucun secours et prend l’affaire à la légère. Dans l’Amérique puritaine et misogyne de la Prohibition, on ne prête pas attention à une femme indépendante, aux moeurs forcément suspectes.
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“Il faut que je raconte cette histoire”
"Lorsqu’une histoire située pendant la Grande Dépression atterrit entre mes mains, je redouble d’attention. C’est ma vie. J’ai grandi durant cette période", confie Clint Eastwood (il avait 78 ans en 2008), qui décide de porter cette histoire à l’écran. Il propose le rôle principal à Angelina Jolie, avec laquelle il n’a jamais travaillé. Refus poli. "Je n’étais pas sûre d’être l’actrice idéale. Même si ce n’est qu’un rôle, je ne me voyais pas passer deux mois à vivre la détresse d’une femme dans une situation aussi horrible. Ayant moi-même des enfants, j’avais peur de trop m’identifier à cette mère aux abois, de faire un transfert." Après une nuit (blanche) de réflexion, Angelina se ravise : "Je me suis dit qu’il fallait que je raconte son histoire." Le destin de cette mère courage est hallucinant : après des mois sans nouvelles, son fils est retrouvé. Une belle occasion pour le chef de la police de redorer le blason de la police de Los Angeles (LAPD), notoirement corrompue. Mais ce n’est pas Walter ! Mrs Collins se rebelle contre cette mascarade… on l’enferme à l’hôpital psychiatrique pour la museler.
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La douleur d’une femme
Dans cette belle production classique, aux décors d’époque impeccables qui rappellent l’âge d’or d’Hollywood, Angelina Jolie livre une performance bouleversante. "J’étais dans la douleur avant le tournage. Peu de temps auparavant, j’avais perdu ma mère", explique la star, en toute sincérité. Elle ajoute : "Je me suis inspirée d’elle, qui était la gentillesse incarnée, mais qui était une vraie lionne pour ses enfants. Je voulais lui rendre hommage." Son émotion est contagieuse. "C’est l’un des films les plus difficiles que j’ai jamais tournés. Émotionnellement épuisant", dira-t-elle pendant le Festival de Cannes 2008, où le film était alors en compétition. En écho, Eastwood, plutôt avare de ses mots, multiplie les éloges sur sa comédienne : "C’est une actrice très instinctive et magnétique. Et, en plus, elle possède ce look rarissime qui convient idéalement à la période du film. Il est impossible de mal la photographier."
L’échange : dimanche 27 avril à 21h00 sur Arte.