“Le cinéma, ce n’est pas une reproduction de la réalité, c’est un oubli de la réalité. Mais si l’on enregistre cet oubli, on peut alors se souvenir et peut-être parvenir au rée", théorisait Jean-Luc Godard. Quelque chose nous dit que Fabien Gorgeart a dû penser plus d’une fois à cette citation, en réalisant La Vraie Famille, son second long-métrage (après le très réussi Diane a les épaules). Réalité et fiction ne cessent de s’y entrechoquer : la trajectoire compliquée d’une famille d’accueil, dont la mère, Anna (Mélanie Thierry), ne supporte pas que Simon, placé chez eux à l’âge de 18 mois, doive repartir cinq ans plus tard vivre chez son père biologique (Félix Moati).
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Toute ressemblance avec une histoire vraie n’est pas du tout fortuite : « Quand j’étais petit, ma famille a accueilli un enfant qui est resté chez nous de 18 mois à 6 ans, exactement comme dans le film. Cette expérience nous a tous beaucoup marqués », confie le réalisateur, obsédé, depuis, par l’idée de porter au cinéma ce souvenir personnel chargé en émotions. Inspiré par Le Kid, Kramer contre Kramer et même E.T. (« L’histoire d’un enfant placé, si j’ose dire ! »), il consolide la justesse de son scénario durant des mois, interrogeant éducatrices spécialisées et familles d’accueil.
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La dernière pièce du puzzle se met en place quand on lui raconte le destin d’un petit garçon dont la mère est morte peu après sa naissance : « Le père s’est retrouvé accablé, l’enfant lui a été retiré. Puis cet homme s’est reconstruit et a retrouvé sa place auprès de son fils. Dans le paysage des enfants placés, on entend beaucoup d’histoires sombres, mais celle-ci m’inspirait, car elle envisageait un père et une famille d’accueil aimants autour de l’enfant. »
FORCES CONTRADICTOIRES
Porté par la prestation terrassante du tout jeune Gabriel Pavie (Simon), ce film est un grand mélodrame qui ne se cache jamais d’en être un, et qui évite le piège du pathos grâce à la mise en scène délicate de Gorgeart. Un pur exercice d’équilibriste, entre tension et légèreté, obscurité et lumière. « C’était une préoccupation au moment de l’écriture, prévient le réalisateur. Je voulais que toutes les scènes de joie permettent d’incarner la famille. Et elles étaient nécessaires pour aller ensuite vers la gravité. Nous avons veillé à équilibrer ces forces contradictoires, afin de ne pas étouffer le spectateur. »
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Pour Mélanie Thierry, impeccablement sur la corde raide dans la peau de cette femme qui glisse doucement vers une obsession destructrice, le rôle d’Anna était une évidence : « J’avais l’impression de savoir exactement comment j’allais l’interpréter. J’avais en tête l’idée qu’elle pouvait devenir dangereuse… Elle se met à manigancer, à mentir, tout en restant organisée et pragmatique. Ça me plaisait beaucoup d’explorer cette zone grise. » Soit précisément l’endroit où La Vraie Famille excelle, en brouillant les frontières entre la générosité et l’égoïsme d’Anna. Un portrait de femme complexe, comme on en voit peu.
La vraie famille, lundi 17 juin à 21h10 sur M6
FRANÇOIS LÉGER