La vérité (France 3) – Juliette Binoche : « Jouer avec Catherine Deneuve c’était pour moi un rêve d’enfant »

Publié le 16 octobre 2023 à 16:05
Laurent CHAMPOUSSIN - © 3B Productions / Bunbuku / M.i Movies / France 3 Cinéma
ARCHIVE. Dans La Vérité, l’actrice donne, pour la première fois, la réplique à Catherine Deneuve, qui joue sa mère, une star de cinéma. Juliette nous avait invité chez elle pour parler de ce beau film en 2019…

Au début de La Vérité, Fabienne, jouée par Catherine Deneuve, reçoit, chez elle, un journaliste fébrile. Avez-vous conscience, aussi, d’être impressionnante ? 

Juliette Binoche : Je n’y pense pas, mais il y a des journalistes qui me le disent. Dans la vie de tous les jours, à la maison, je ne pense pas l’être. 

Dans quel état d’esprit êtes-vous, en ce moment ? 

Je me sens à un moment charnière, sans parvenir à le définir précisément. J’ai l’impression d’être entre la fin d’un cycle et le début de quelque chose. Je ressens le besoin d’être un peu hors du temps, je ne veux plus que les projets s’enchaînent, même si j’adore ce que je fais. 

C’est la première fois que vous jouez avec Catherine Deneuve. C’est incroyable que personne n’y ait songé avant ! 

Jusqu’ici, on n’avait pas eu l’occasion de concrétiser ce désir commun. À travers les films d’André Téchiné, qui nous a fait travailler toutes les deux, un lien s’est créé à distance. Dans une interview, Catherine disait qu’elle avait l’impression de me connaître. Jouer avec elle, c’était pour moi rencontrer une icône et un rêve d’enfant : Peau d’Âne était, pour moi, la merveille des merveilles. 

Entre les prises, de quoi parlent deux stars du cinéma français ? 

Nous nous étions rencontrées un peu avant, mais nous n’avions pas vraiment eu le temps de faire connaissance. Je me suis demandé comment être la fille de Catherine pour me rapprocher d’elle, qui est connue pour garder une certaine distance. Je me suis dit : elle fume beaucoup, je vais donc fumer aussi ! Je lui ai demandé une cigarette… et elle me l’a refusée ! C’était un peu raide ! J’étais surprise, et même un peu blessée. Je lui ai dit : « Je te la rendrai. » Sans faire attention, je l’ai tutoyée. Plus tard, au cours de la répétition, elle m’a lancé une cigarette. Je l’ai fumée, victorieuse. La semaine suivante, je lui ai apporté un paquet, et elle m’a dit : « Ce ne sont pas les bonnes ! », en riant. Il s’est installé entre nous une espèce d’humour piquant. À la fin, même si mon tutoiement lui était difficile au départ, moi qui tutoie facilement, elle l’a accepté, et j’ai ressenti une proximité et beaucoup d’affinités. 

Comment va-t-elle, après ses ennuis de santé ? 

Elle est rentrée chez elle et se remet petit à petit. 

La Vérité interroge avec humour sur la notion de notoriété : est-ce difficile de vivre avec une célébrité ? 

Ce n’est pas facile pour la famille. La reconnaissance publique interroge tous les membres sur leur propre réussite, sur l’attention qui est donnée à une personne en particulier. Cela touche les ascendants comme les descendants. J’ai conscience que la notoriété confère une certaine autorité qui peut énerver. 

Comment, dès lors, ne pas virer « autocentré » ? 

Ce n’est pas parce que l’on est acteur que l’on est forcément narcissique. Le comédien se met au service d’une vision et d’une histoire. Pour pouvoir le faire, il faut puiser en soi. Devant la caméra, si on n’a pas une position d’humilité, les informations et les émotions ne peuvent pas arriver. On ne peut pas être empli de soimême. En tout cas, c’est comme ça que je le vis.   

La vérité, lundi 16 octobre à 21h10 sur France 3

Propos recueillis en 2019

Par
Julien Barcilon