La couleur pourpre (Arte) : Pourquoi Steven Spielberg a hésité à réalisé ce drame avec Whoopi Goldberg ?

Publié le 2 juillet 2023 à 13:08
© Amblin Entertainment
Immense fresque sur la condition des femmes noires dans le Sud des États-Unis au début du XXe siècle, le fi lm révèle au public une actrice de génie. Grâce à l’intuition d’une écrivaine…

"J’ai voulu voir le film la toute première fois, toute seule dans une pièce, explique Whoopi Goldberg, en évoquant La Couleur pourpre, dont elle est l’héroïne. Personne d’autre que moi ne pouvait comprendre tout ce qui m’avait rendue dingue." Quand sort le film, en 1985, tout le monde connaît son réalisateur, Steven Spielberg, rendu célèbre par les succès mondiaux d’ E.T. ou encore d’ Indiana Jones, mais quasi personne n’a entendu parler de son actrice principale. Whoopi incarne Celie, une jeune femme noire, abusée à l’adolescence par son père, séparée de force de sa soeur, Nettie, et mariée sans qu’elle n’ait son mot à dire à un veuf qui la roue de coups et la transforme en esclave domestique. L’histoire se passe au début du XXe siècle, dans le Sud profond des États-Unis, et renvoie une image sans concession du racisme endémique de l’époque, montrant aussi les violences incessantes auxquelles étaient confrontées les Afro-Américaines. 

DÉCOUVERTE DANS UN SPECTACLE DE STAND-UP 

C’est Alice Walker, auteure du roman éponyme, récompensé par le Prix Pulitzer en 1983, qui a oeuvré et insisté auprès de la production pour que la comédienne new-yorkaise, découverte dans un spectacle de stand-up, soit en tête du casting. Réticente à céder les droits de son livre pour le cinéma, l’écrivaine a négocié un vrai droit de regard sur l’adaptation. Elle est convaincue qu’il faut des acteurs inconnus pour marquer l’évolution des personnages, même les plus terribles (notamment Albert, le mari violent de Celie, interprété par un Danny Glover quasi débutant), et incarner leur passage de l’obscurité à la lumière, puis vers une forme de rédemption. 

STEVEN SPIELBERG PAS CONVAINCU… 

Alice Walker a le même avis quant au choix du réalisateur. Elle tique quand le producteur, Quincy Jones, suggère Spielberg. Celui-ci est d’ailleurs plutôt réticent, car s’il a lu le roman et a été très touché par l’histoire, il estime, en ce début des années 80, qu’un réalisateur de couleur ayant une vraie connaissance du Sud des États-Unis serait plus adapté. Curieusement, le visionnage d’E.T. fait changer d’avis l’écrivaine. Spielberg accepte alors de diriger le film, estimant que celui-ci peut avoir un impact sur la société américaine. Il baisse son salaire au minimum, ne se faisant payer que 40 000 dollars au lieu des 15 millions qu’il serait en droit de demander. Quant au casting, Whoopi s’en souvient : "Je me suis rendue au studio de Steven, et là, j’ai jeté un coup d’oeil dans la salle, il y avait toutes sortes de gens, dont Quincy Jones et Michael Jackson. Je me suis dit : “J’ai vraiment intérêt à assurer.” Elle improvise avec brio un sketch dans lequel elle incarne une version déjantée d’E.T., arrêté pour possession de drogue, et convainc tout le monde qu’elle est la comédienne qu’il faut pour interpréter Celie. À sa sortie, le film est un succès mondial, qui rapporte près de 100 millions de dollars et lui vaut 11 nominations aux Oscars. Il n’en remporte aucun, mais révèle Whoopi au grand public.

La couleur pourpre, dimanche 2 juillet à 21h00 sur Arte

F. RAPILLY 

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