Et au milieu coule une rivière (Arte) – La préparation de Brad Pitt pour ne pas « être ridicule »

Publié le 1 septembre 2024 à 14:22
© 1992 Allied Filmmakers
Après Des gens comme les autres (Oscar du Meilleur réalisateur) et Milagro, l’interprète de Jeremiah Johnson signait, en 1992, son film le plus personnel : une ode à la nature et à la liberté. 

“Dans notre famille, nous ne faisions pas clairement le partage entre la religion et la pêche à la mouche." En lisant cette première phrase de La Rivière du sixième jour, le roman de Norman Maclean, Robert Redford a su qu’il en ferait son prochain film. L’écrivain y raconte son enfance, puis son adolescence dans l’Ouest américain des années 20, sous l’autorité d’un père presbytérien. Une jeunesse qui ressemble à celle du cinéaste, élevé en Californie du Nord par un père laitier, croyant et austère : « Il avait la même conception de l’existence que le révérend Maclean, le même stoïcisme face aux difficultés, le silence comme arme suprême. » Le réalisateur, épris des grands espaces, autant préoccupé par ses combats pour l’environnement et la marche de son Sundance Institute, soutenant le cinéma indépendant, que par sa carrière, ne pouvait qu’être séduit : « En une centaine de pages à peine, le livre met l’accent sur des choses très profondes. C’est un véritable poème symphonique, qui ressemble à une carte géographique de l’âme, des lieux et de l’époque où l’auteur a grandi. » 

ET AU MILIEU BRAD PITT 

Dans une petite ville du Montana, les frères Maclean apprennent, avec leur père pasteur (Tom Skerritt, le charme de la raideur), le respect de la religion, l’amour de la vie et, moins attendue, la pêche à la mouche, que le père et le fils pratiquent chaque dimanche après l’office. La leçon est simple : silence, attente, doigté, ruse, force et contemplation. Plus qu’une discipline, l’art du lancer est, aux yeux du pasteur, un guide spirituel pour mener son existence. Plus tard, Norman, l’aîné (Craig Sheffer), de retour après six ans d’études, s’apprête à devenir enseignant. Il retrouve son frère Paul, journaliste, au goût prononcé pour la boisson et le désordre. Ce dernier, tête brûlée et impulsif, est incarné par un Brad Pitt gracieux et solaire, qui manie sa ligne comme un fouet magique. Il lui a fallu un mois de patience pour apprendre les rudiments de la pêche à la mouche. Brad s’est aussi beaucoup entraîné à soulever des poids : « Je savais qu’on me verrait torse nu dans pas mal de scènes. Je ne voulais pas paraître ridicule. » L’acteur, alors âgé de 29 ans, a souhaité ainsi mieux s’imprégner de son personnage et se montrer digne de Robert Redford, qui taquinait déjà la truite à l’âge de 12 ans. Surtout, le cinéaste l’a choisi, lui. Et pour cause : Paul est à la fois le meilleur pêcheur et ce jeune homme bagarreur et rebelle, qui bousille sa vie. 

À la sortie du film, la ressemblance physique entre Brad Pitt et Redford jeune frappe tout le monde. Sauf Redford, qui avoue ne pas s’en être rendu compte ! : « Au moment du casting, il était assez différent de ce qu’il est dans le film. Je l’ai pris parce qu’on sent une certaine qualité en lui. Il s’interroge sur la place qu’il doit occuper dans ce métier. Je pense qu’il risque de souffrir, car on va faire plus attention à son physique qu’à ce qu’il est vraiment. » Aujourd’hui, on ne le compare plus à personne. Brad a fait le chemin que l’on sait. 

Et au milieu coule une rivière, dimanche 1er septembre à 21h00 sur Arte

Par
Isabelle Magnier