En corps (France 2) : Marion Barbeau : « Ce film a fait souffler une vraie tempête sur ma vie »

Publié le 4 février 2024 à 14:27
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Le réalisateur de L’Auberge espagnole dresse le portrait d’une danseuse « réformée », qui s’invente une nouvelle vie. La ballerine Marion Barbeau fait ses débuts au cinéma avec talent.

Il y a eu Romain Duris en danseur étoile, dans Paris, la ballerine des Poupées russes, le cours de konpa de François Civil et d’Ana Girardot, dans Deux moi, ou encore le documentaire sur l’étoile Aurélie Dupont. Cédric Klapisch parsème son cinéma de références à sa passion pour la danse, qui le nourrit depuis l’adolescence. Il fait cette fois le grand saut, en réalisant un rêve de vingt ans : tourner une fiction consacrée à la danse, avec la résolution de ne pas tricher : « Je voulais des danseurs qui jouent et pas des acteurs qui dansent comme Natalie Portman dans Black Swan (de Darren Aronofsky, en 2010, ndlr). » Le principe n’était pas facile à vendre, se souvient Bruno Lévy, son fidèle producteur. Néanmoins, l’air du temps lui a soufflé le contraire : « Pendant le confinement, le petit film de Cédric sur les danseurs de l’Opéra de Paris (Dire merci) avait eu un très grand retentissement sur les réseaux sociaux. Je lui ai dit de foncer. » 

Scénario en poche, Klapisch cherche donc son héroïne, Élise, ballerine blessée à la cheville, contrainte d’interrompre sa carrière pour se rééduquer et reprendre son élan. Il avait remarqué sur la scène du Palais Garnier le talent et la grâce féline de Marion Barbeau, première danseuse promise à une belle carrière. Marion dit oui sans hésiter, poussée par le désir d’explorer un territoire qu’elle ne connaît pas. « L’envie est plus importante que le talent, analyse le réalisateur. D’autant qu’elle est dans l’interprétation chaque fois qu’elle monte sur scène, qu’elle sait affronter le trac et le regard des autres. Il ne lui manquait plus que les mots. » 

L’ENVOL VERS LE 7e ART 

Avec sa coach, Marion apprend à libérer sa spontanéité, à placer sa voix, la justesse du geste… Elle travaille aussi les deux ballets du film, La Bayadère, de Marius Petipa, et Political Mother, du chorégraphe israélien Hofesh Shechter, ici dans son propre rôle. Soit quatre mois intenses, qui n’ont en rien effrayé l’ex-petit rat, habitué depuis ses 11 ans à soumettre son corps aux souffrances de la barre. Témoin de la vie des danseurs, Cédric Klapisch envoie néanmoins valser pas mal de clichés : les méchantes rivalités entre ballerines, le professeur sadique, l’accomplissement dans la douleur…

Il signe une ode joyeuse, entre grand spectacle et sitcom, où il fait se rencontrer, sans les opposer, l’exigence absolue de la danse classique et le lâcher prise du ballet contemporain, par lequel va passer la reconstruction d’Élise. Son interprète, elle, s’est trouvé aussi une autre vie. Le cinéma lui a ouvert ses portes. On la verra cette année au côté de Léa Drucker dans Un homme en fuite, de Baptiste Debraux. Elle y est, loin des pointes et des tutus, une assistante comptable, dans une petite ville des Ardennes secouée par la fermeture d’une usine. « Je danserai toujours, mais ce qui est certain, c’est que le film de Cédric a fait souffler une vraie tempête sur ma vie. » 

En corps, dimanche 4 février à 21h10 sur France 2

Par
Isabelle Magnier