Après la Bourgogne et sa fratrie de vignerons dans Ce qui nous lie (2017), Cédric Klapisch revient à Paris, sa ville de prédilection. Et ça lui réussit. Il n’aura jamais aussi bien filmé la Ville lumière, capté son atmosphère, ici presque new-yorkaise, de cité qui ne dort jamais, toujours connectée. « Je voulais faire un portrait du Paris d’aujourd’hui, qui a bien changé, et celui de deux trentenaires à l’heure des réseaux sociaux », raconte-t-il. Ses héros sont voisins, fréquentent les mêmes magasins, empruntent la même ligne de métro. Ils se croisent sans se voir… Mais qui sait ?
Du grand Klapisch
« Quand on parle de deux individus isolés dans une ville, il y a un suspense, note Klapisch. Vont-ils rencontrer quelqu’un ? Vont-ils se rencontrer ? » Le réalisateur tricote une romance à retardement, l’histoire avant la collision. Ce qui l’intéresse, c’est de dérouler les fils de deux existences parallèles. Timide chercheuse en cancérologie, Mélanie (Ana Girardot) angoisse à l’idée de présenter ses travaux devant les financeurs du laboratoire qui l’emploie. Rémy (François Civil), provincial venu chercher l’anonymat, travaille sur une plateforme de vente en ligne touchée par un plan de licenciements. Pour Cédric Klapisch, il était important de parler de « ces moments de déprime issus de “petits” traumatismes, mais qui sont de grandes blessures pour les gens qui les vivent ». Dans un Paris trop grand pour eux, Mélanie et Rémy souffrent d’un vague à l’âme qu’ils ne comprennent pas très bien. Elle dort trop. Il ne ferme pas l’œil de la nuit. Elle multiplie les rendez-vous ratés sur Tinder pendant qu’il peine à faire une rencontre.
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En thérapie
Heureusement, pour les cœurs solitaires, il existe des psys. Des personnages tout aussi irrésistibles que nos deux trentenaires largués. « Il faut comprendre le problème pour le résoudre », répète la thérapeute de Mélanie. C’est Camille Cottin, tout en cachemire et bracelets, dans un bureau au papier peint à fleurs et au divan moelleux. « Faites confiance à la vie », suggère celui de Rémy. Délicieux François Berléand, plein d’empathie dans son cabinet tout simple, avec deux chaises face à face, évoquant le service public. Amoureux des quartiers populaires et de ses habitants, le cinéaste a placé un autre bon génie sur la route de ses esseulés : Mansour, l’épicier oriental, joué par un Simon Abkarian enjôleur, observateur, un peu embrouilleur. Il connaît les goûts de ses clients mieux qu’eux-mêmes. Il a toujours dans les rayons de sa boutique, version réduite du monde entier (quelle belle idée !), le pesto qui convient, le riz japonais parfait, l’épice qui change tout et même des croquettes pour chat. « Simon, c’est le soleil ! C’est bienvenu au spectacle ! », résume Ana Girardot. Ce conte moderne a vraiment tout bon, et Mansour, celui qui crée le contact et fait réfléchir, nous rappelle que la vie n’a besoin ni d’application ni de géolocalisation pour réunir les êtres.
Isabelle Magnier
Deux moi : dimanche 27 mars à 21h10 sur France 2