Benjamin, 39 ans, atteint d’un cancer du pancréas, apprend que la maladie ne sera pas vaincue. Sa mère, effondrée, est dans le déni. Lui aussi, au début. Benjamin, qui s’estime être un « acteur raté », mais se révèle un excellent professeur de théâtre, pourrait peut-être réussir sa sortie. Avant, il va devoir accepter l’inéluctable, avec l’assistance de son médecin, le bien nommé docteur Eddé, qui l’invite à faire la paix avec lui-même, en « rangeant le bureau de sa vie ». Ce merveilleux toubib, c’est Gabriel Sara (son nom a été changé dans le film), dans son propre rôle. Cet oncologue au service de cancérologie de l’hôpital Mont Sinaï-Roosevelt, à New York, est réputé pour sa thérapie humaniste. Il s’appuie sur l’écoute de ses patients, auxquels il fait danser le tango ou écouter de la musique, il prône la transparence totale – « Il ne faut rien cacher, même pas 1 % de la vérité » – et estime que le malade et lui affrontent le cancer ensemble.
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Lorsque Gabriel Sara rencontre Emmanuelle Bercot en 2016, au festival du film français de New York, il lui propose de l’emmener « dans les tranchées du cancer ». Sa formulation fait mouche. Le profil de ce « bonhomme extrêmement sympathique et lumineux » ne pouvait que séduire la réalisatrice, elle-même fille d’un chirurgien cardiaque. Elle visite son service, échange avec lui de longs mails et décide d’écrire un scénario. « J’ai compris que je pouvais sans doute se faire rencontrer les deux univers : le travail de ce médecin et l’histoire d’une mère qui perd son fils. »
REPOS FORCÉ
Fragile, séduisant, Benoît Magimel avait la trempe pour interpréter Benjamin, un rôle bouleversant. « Je l’ai vécu de manière angoissante. J’étais renfermé au début du tournage, avec des douleurs que je gardais pour moi. » Pourtant, sans jamais forcer le trait, il nous fait vivre les émotions de son personnage : la peur, la colère, l’apaisement… À sa performance, récompensée d’un César en 2022, répond celle de Catherine Deneuve, touchante dans le rôle de Crystal, mère aimante mais envahissante.
Précieux par son questionnement en prise avec l’actualité sociétale (comment accompagner les malades en fin de vie et leurs proches) et la description réaliste du travail accompli par l’exceptionnel oncologue, ce film aurait pu ne jamais être achevé. Le 5 novembre 2019, trois semaines après le début des prises de vue, Catherine Deneuve a été victime d’un accident vasculaire cérébral. Quelques mois plus tard, remise sur pied, l’actrice soulignait, dans une interview au magazine Elle, la « chance formidable » que ce « pépin » se soit produit alors qu’elle tournait dans l’hôpital de Garges-lès-Gonesse (Val-d’Oise). « Être prise en charge en urgence sur les lieux même du tournage, ça n’était jamais arrivé à personne ! » Quant à Gabriel Sara, il se souvient ne pas avoir hésité à accepter la proposition d’Emmanuelle Bercot : « Je n’avais jamais fait l’acteur. C’était une aventure très excitante, et j’étais surtout très heureux de pouvoir faire passer mes messages moi-même. »
De son vivant : dimanche 11 février à 21h10 sur France 2.