La Faille (Chérie 25) : Duel psycho-judiciaire entre Anthony Hopkins et Ryan Gosling

Mis à jour le 8 janvier 2026 à 15:48
Anthony Hopkins et Ryan Gosling, le monstre sacré et le jeune loup, s’affrontent dans un diabolique jeu de manipulation, dont on ne devine jamais la fin.

“Un meurtre sans des ciseaux qui brillent est comme des asperges sans sauce hollandaise. Sans goût !", disait Alfred Hitchcock en faisant référence à son film Le crime était presque parfait (1954), dans lequel Grace Kelly plante les siens entre les omoplates de l’angoissant Anthony Dawson. Ici, pas de ciseaux, mais une balle de revolver qui ne fait pas tout à fait son office est au coeur de ce thriller à la saveur hitchcockienne. Esprit brillant, Ted Crawford, magnat de l’aéronautique, abat froidement son épouse, dont il a découvert la liaison avec un policier.

Arrestation, aveux circonstanciés : affaire classée ? C’est sans compter le plan machiavélique ourdi par le détenu, aussi affable que retors, et dont le procureur adjoint, Willy Beachum, jeune ambitieux sur le point d’intégrer un prestigieux cabinet d’avocats, sera l’un des rouages. L’affaire tourne à la confrontation des deux hommes qui ont besoin de la défaite de l’autre pour servir leurs plans, l’un criminel, l’autre professionnel…

Spécialiste des films noirs psychologiques et fantastiques (Peur primale, Le Témoin du mal, Fréquence interdite…), Gregory Hoblit, qui fit ses armes à l’école des séries NYPD Blue et La Loi de Los Angeles (l’une sur les flics de New York, l’autre sur un bureau d’avocats), est le réalisateur idoine pour tenir les manettes de ce polar juridique et moral, mis en scène comme une partie d’échecs. 

ANTHONY HOPKINS ET RYAN GOSLING : UN DUEL AU SOMMET   

D’un côté, le vétéran Anthony Hopkins avance son charme délétère sans forcer. Le vieux briscard d’Hollywood, entré dans la légende avec son Hannibal Lecter du  Silence des agneaux, de Jonathan Demme, pour lequel il a reçu l’Oscar en 1992, incarne donc Ted Crawford, cousin soft d’Hannibal, mais tout aussi froid et calculateur. « On fait souvent toute une affaire du jeu d’acteur, confie Hopkins. Moi, je me contente de lire le scénario et de jouer mon personnage comme il est décrit : c’est un ingénieur et un meurtrier intelligent, il porte de chouettes costumes, conduit une voiture hors de prix. Je n’ai pas besoin de plus, c’est aussi simple que cela. » 

De l’autre, Ryan Gosling, 27 ans à l’époque, acteur montant du cinéma indépendant (Calculs meurtriers, Half Nelson), qui n’a pas encore gagné ses galons de star, endosse le costume de l’arrogant Willy Beachum. Il est un parfait vis-à-vis pour Anthony Hopkins, selon Gregory Hoblit : « Il a un magnétisme indéniable. Il cherche la perfection à chaque prise et ne fait jamais deux fois la même chose. » Gosling dit s’être régalé de donner la réplique au grand comédien. Mais, à l’image de son personnage ambitieux, pas question pour lui de se laisser asphyxier par l’aura de son partenaire. Aucun risque, l’excellence est en partage et leur face-à-face, à l’évident effet miroir, s’avère doublement fascinant. « Tout le monde a un point faible, qui peut craquer tôt ou tard », dit Crawford à Beachum. Qui mettra l’autre échec et mat ? Réponse à la fin de ce palpitant thriller. 

La Faille, jeudi 28 novembre à 21h05 sur Chérie 25  

ISABELLE MAGNIER 

Par
Isabelle Magnier