Plus le méchant est réussi, meilleur sera le film. Cette théorie d’Alfred Hitchcock, maintes fois vérifiée, s’applique également aux histoires de superhéros. Et le Joker en est l’exemple parfait. Dans le Batman de Tim Burton, en 1989, ou dans The Dark Knight : Le Chevalier noir, de Christopher Nolan, en 2008, il vole la vedette à l’homme chauvesouris, et on se souvient davantage de ses frasques cruelles que des prouesses du héros. Le clown fêlé est désormais tellement iconique que Hollywood lui a logiquement consacré un film.
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Retour en 1940, année de sa naissance. Il apparaît pour la première fois dans un comic, avec les cheveux verts et un rouge à lèvres qui accentue son sourire sardonique. Ses créateurs, Bob Kane et Bill Finger, l’imaginent comme un double négatif de Batman. Deux personnages de Victor Hugo les ont inspirés : Quasimodo et, surtout, l’homme qui rit, au visage défiguré. À l’inverse des savants fous que l’homme chauve-souris avait pulvérisés jusqu’alors, le personnage revient de manière récurrente dans les albums. Et finit même par s’inviter au cinéma. "On ne savait rien de ses origines, s’étonne Todd Phillips. Il me paraissait intéressant de façonner un passé à ce vilain flamboyant et complexe."
Joker : un comique raté
Bien qu’il soit abonné aux comédies potaches, telle la trilogie Very Bad Trip, le cinéaste obtient la confiance de la Warner pour monter son projet. Un projet d’autant plus ambitieux que Batman en est exclu, et qu’il prend le contrepied des blockbusters Marvel, en optant pour un style âpre, réaliste, sans effets spéciaux. Bienvenue à Gotham City gris : Todd Phillips dessine une ville en crise, qui ressemble au New York de son enfance, pendant les grèves des éboueurs, en1981. "Je voulais aussi renouer avec l’esprit du cinéma des années 70, insiste-t-il, avec des études de caractère plus adultes, comme dans Taxi Driver. En tentant de faire rire les autres, Joker, comique de stand-up raté, essaie au début de répandre la joie autour de lui. Mais Gotham va le broyer, et les humiliations qu’il va subir vont le métamorphoser."
Un phénomène de société
Dès l’écriture du scénario, Todd Phillips a pensé à Joaquin Phoenix. Sur le plateau, l’acteur, qui a perdu 23 kilos, ne parlait qu’au réalisateur. Plongé dans son rôle, il apporte une vérité sidérante à ce criminel hors norme. Avec plus d’un milliard de dollars de recettes, ce thriller nihiliste a remporté un succès mondial. Il est même devenu un phénomène de société : dans les rues de Hong Kong, du Chili ou de Catalogne, des manifestants ont endossé le masque et le costume du Joker pour fustiger leurs gouvernants. Quant à l’escalier où celui-ci exécute une danse macabre (dans le Bronx, à New York), il est désormais une attraction pour les touristes du monde entier, qui viennent s’y photographier. De quoi donner envie à Todd Phillips de faire une suite ? "Comme Joaquin voudrait explorer de nouveaux aspects du personnage, pourquoi pas ?" Travaille-t-il déjà dessus ? Le réalisateur préfère… sortir son joker.
Laurent Djian
Joker : dimanche 13 mars à 21h10 sur TF1