Fenêtre sur cour (Arte) : Fenêtre sur le couple glamour, James Stewart et Grace Kelly

Publié le 7 janvier 2024 à 14:18
© S. Taylor/P. Hitchcock O’Connell
En 1954, Alfred Hitchcock signe l’un de ses films préférés : un huis clos virtuose, mariant thriller et méditation sur le bonheur conjugal.

 “Si vous n’éprouvez pas une terreur délicieuse en voyant Fenêtre sur cour, pincez-vous, vous êtes probablement déjà mort !" Tout l’humour malicieux du maître du suspense figure dans cette saillie placardée sur les affiches lors de la re-sortie du film, en 1968. En 1954, sir Alfred s’inspire d’un fait divers et d’une nouvelle de William Irish pour composer ce thriller d’anthologie avec James Stewart et Grace Kelly, ses acteurs fétiches. Son quarantième film est un pur huis clos. Hormis deux scènes, l’action est confinée dans l’appartement de L.B. Jefferies, dit Jeff, à Manhattan, dans le quartier de Greenwich Village. Ce photographe réputé est cloué sur une chaise avec une jambe plâtrée. Handicapé, le baroudeur enrage et passe son temps à espionner ses voisins. Et plutôt que de badiner avec sa sublime maîtresse, Lisa, qui n’attend qu’une chose, qu’il la demande en mariage, Jeff joue les voyeurs bougons. Jusqu’au moment où il se persuade que l’un des voisins a tué sa femme et l’a découpée en morceaux ! Une idée folle, qui devient une idée fixe. 

« C’est un film sur le voyeurisme », dixit Hitchcock. « De l’autre côté de la cour, vous avez chaque genre de conduite humaine. Un catalogue des comportements », précise le cinéaste qui, tel un entomologiste, observe au microscope ses semblables. La comédie de moeurs s’incruste dans le thriller qu’elle nourrit. Et vice versa. Pétrifié à l’idée de s’engager, Jeff y trouve moult raisons de fuir : le bonheur conjugal ne sort pas grandi du spectacle. Il se dérobe, ce qui n’échappe pas à Stella, sa kiné : « Lisa Fremont est la femme qui convient à tout homme doté d’un peu de jugeote et qui a les yeux en face des trous. » Pour sa part, Lisa ne cesse de le vamper, en vain : un éblouissant tourbillon de soie et de taffetas s’offre aux spectateurs. Le jeu de la séduction et de l’amour, selon Hitch’, est au moins aussi mystérieux que le meurtre à élucider. Son film aurait pu s’intituler Fenêtre sur couples. À l’écran, Grace Kelly rayonne : écrit sur mesure, son personnage ne se résume évidemment pas à une gravure de mode. 

LE FEU SOUS LA GLACE 

Pour tourner cette deuxième collaboration avec Hitchcock, l’actrice a refusé Sur les quais, d’Elia Kazan. Avec Grace, que sir Alfred vient de diriger dans Le crime était presque parfait, il tient son actrice idéale. « Elle est séduisante, mais possède aussi un côté espiègle, enfantin. Au départ, les studios m’ont tous dit qu’elle était trop glaciale, confie-t-il un jour. Mais, à mes yeux, elle a toujours été, et reste, la braise qui couve sous la cendre. » James Stewart et celle qu’il dirigera encore une fois dans La Main au collet forment un couple mythique, transcendé par la mise en scène virtuose du maître, qui a conçu tout le film et le décor monumental (56 m de large, 14 de haut, 31 appartements reconstitués !) du point de vue de Jeff, celui du cadre de sa fenêtre. François Truffaut crie au génie : « Un seul immense décor et tout le film vu à travers les yeux du même personnage ! » Prenez place, sir Alfred vous convie à ses côtés, aux premières loges. 

Fenêtre sur cour, dimanche 7 janvier à 21h00 sur Arte

Par
Julien Barcilon