Comment avez-vous abordé cette deuxième saison ?
Chloé Jouannet : Comme la première dont je trouvais déjà les textes fous ! Mais là, ça part encore davantage dans tous les sens. En la lisant, je me suis même dit que ça allait être drôle de la résumer lors de la promo (rires) ! J’attendais avec beaucoup d’impatience cette nouvelle saison. Nikola Lange (le cocréateur, réalisateur et coscénariste de Derby Girl, ndlr) me tenait au courant de l’avancée de l’écriture et de ce qu’il comptait raconter. J’étais ravie ! Et encore plus de retrouver les autres actrices qui sont toutes devenues mes amies. Trouver une place dans mon planning pour la tourner a été compliqué car c’était une année où j’ai beaucoup travaillé, mais j’ai adoré refaire Derby Girl. La réalisation de Nikola est encore meilleure que pour la saison 1. Je suis vraiment très fière de ces nouveaux épisodes qui sont diffusés sur France TV Slash. Ces productions nous permettent de faire des séries géniales mais avec des budgets plus réduits. Nous avons donc moins de temps pour tourner et beaucoup de travail à rentrer dans une journée ainsi que beaucoup d’énergie à dépenser. Mais quand on tourne avec une équipe qu’on aime autant, ce n’est que du bonheur. En démarrant le tournage, je me suis dit que je devais foncer et ne pas tomber malade. Et dès le deuxième jour, j’ai attrapé le Covid-19 et j’ai été arrêtée pendant 10 jours !
Cette saison 2 comporte moins de matchs de roller derby. La préparation physique a-t-elle été aussi intense que pour la saison 1 ?
Pour la première saison, nous avons eu un mois de préparation. Là, il y en a eu aussi beaucoup et avec mon planning très chargé, suivre toute cette préparation a été compliqué. Mais Nikola Lange a mis moins de scènes de derby cette fois-ci car il s’est rendu compte, avec la saison précédente, qu’elles demandaient beaucoup de temps – nous ne sommes pas des joueuses.
Comment a évolué votre personnage de Lola Bouvier en cette saison 2 ?
Je trouve qu’elle a plutôt grandi depuis la saison 1 même si elle reste très immature sur beaucoup d’aspects. En amitié, elle est moins égoïste : on sent qu’elle a beaucoup appris du collectif même si son naturel revient parfois au galop. En saison 1, Lola Bouvier faisait beaucoup d’erreurs en ne pensant qu’à elle. Là, c’est en pensant aux autres. Mais elle est toujours sincère dans ses actes. Et on ne peut pas en vouloir à quelqu’un qui fait des erreurs avec autant de sincérité.
Avez-vous des points communs avec elle ?
Peut-être l’amour du rose (rires) ! Ou les côtés "je fonce tête baissée" et je "veux être la chef d’équipe et aider tout le monde en étant parfois maladroite". Lola va parfois trop loin pour venir en aide aux autres et elle ne se rend pas compte qu’elle devrait se calmer un peu et que ses proches peuvent s’en sortir sans elle. Nous avons peut-être certaines similitudes sur l’envie d’être aimée et le fait de ne pas toujours se rendre compte des limites. Mais nous n’avons, au final, pas tant de points communs que ça : elle est quand même assez folle !
On retrouve de nombreuses références cinématographiques dans cette saison 2, dont une scène qui, sans spoiler, rappellera des souvenirs aux fans d’Edward Norton. C’était la séquence la plus jouissive à tourner pour vous ?
C’était génial ! Nikola Lange m’en avait parlé à l’écriture et j’ai trouvé qu’elle fonctionnait très bien avec la série. J’ai adoré la tourner car j’aime tellement ce film. Ça nous amusait de partir sur de telles références aussi lourdes, mais ce sont vraiment des hommages à ces films-là qu’on aime tous et qui sont des chefs d’œuvre. J’ai aussi beaucoup aimé tourner les scènes dans la mairie avec le personnage de Yasmine Jouvion (Nadia Roz) et les filles. Dès que nous sommes toutes ensemble, nous ressentons un vrai bonheur collectif.
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Derby Girl parle notamment d’entraide et d’acceptation. Était-ce important pour vous d’avoir un tel message ?
Ce qui me touche particulièrement dans la série, c’est son côté « sisterhood » (la solidarité entre toutes ces femmes, ndlr) et ses personnages féminins qui sont vraiment très bien écrits. Ils ne sont pas là juste pour jouer les partenaires amoureuses potentielles d’hommes. Les actrices ont de vraies partitions à défendre et des rôles qui ne sont pas écrits pour des filles mais juste pour des personnages. Sans faire une série féministe, Derby Girl l’est quand même et je trouve ça très important. Les comédiennes passent souvent des essais pour incarner la petite amie, la sœur ou le love interest d’un personnage masculin principal. Je ne dénigre pas ces rôles-là qui sont très bien, mais les femmes ont aussi envie d’autre chose. Nos vies aujourd’hui, ce n’est pas que ça. Les femmes ne sont pas que "mères de" ou "compagnes de", il y a autre chose. Pour moi, Derby Girl défend très bien cet aspect-là. Nikola Lange met la féminité ailleurs. Il casse les codes et j’aime ça. Je trouve ça d’ailleurs d’autant plus fort que la série soit écrite par un homme (Nikola Langa a cocréé la série avec Charlotte Vecchiet, il en est également le réalisateur et a signé le scénario aux côtés de Fiona Leibgorin et Thomas Mansuy, ndlr).
Une saison 3 est-elle prévue ?
Je ne pense pas mais pourquoi pas. Au départ, il ne devait pas y avoir de saison 2 et j’ai tellement tanné Nikola pendant un an pour qu’il l’écrive que j’ai finalement eu gain de cause ! Mais je pense qu’il a aussi envie d’aller ailleurs. Nous travaillons d’ailleurs ensemble sur une nouvelle série qui va être démente ! Tout ce que je peux dire pour l’instant, c’est que je vais être l’un des personnages principaux avec deux autres comédiennes.
Avez-vous d’autres projets ?
Le tournage de cette nouvelle série démarre en septembre. Avant, j’ai un peu de temps devant moi et j’aimerais le consacrer à un projet qui me fait vibrer en ce moment. J’aimerais beaucoup réaliser un court métrage. J’écris un peu et j’ai d’ailleurs demandé à Nikola Lange de m’aider car j’adore son univers. J’ai par ailleurs tourné avec Claudia Tagbo et Mélanie Doutey dans Touchées, un téléfilm réalisé pour TF1 par ma mère, Alexandra Lamy, et qui n’a pas encore de date de diffusion.
Que souhaitez-vous évoquer dans ce futur court métrage ?
J’aimerais traiter de la relation père/filles. J’ai la chance d’avoir un papa en or (l’acteur Thomas Jouannet, ndlr) pour mes sœurs et moi. Il est hyper féministe. Il nous a bien éduquées et nous a préparées à ce monde. Je lui en suis vraiment reconnaissante. Il a eu deux autres filles avec ma belle-mère que j’adore, Armelle Deutsch. J’ai 10 et 14 ans d’écart avec elles, j’ai donc vu mon père être papa de jeunes filles. J’ai passé le premier confinement avec eux et il y avait quelque chose dans leur relation qui me faisait plaisir et que je trouvais très beau. Ça m’a longtemps inspirée et j’ai écrit un petit truc pour moi. L’idée est finalement restée et il y a un mois, j’ai vraiment écrit quelque chose et je l’ai envoyé autour de moi. J’ai eu de très bons retours. Maintenant, il faut que je monte ce projet, c’est la deuxième étape.
Allez-vous proposer un rôle à votre père ?
J’adorerais qu’il incarne le personnage principal. Je lui ai d’ailleurs déjà demandé et il est très content !
N’est-ce pas difficile de de diriger, pour une première réalisation, une personne si proche de soi ?
Tout dépend de la relation que l’on a avec ses parents. Je peux dire tout ce que je pense et ce que je veux aux miens, ils m’écouteront. Nous avons une relation dans laquelle nous nous disons les choses sans peur.
Derby Girl, saison 2 est à voir dès ce vendredi 8 avril sur France TV Slash.
Propos recueillis par Pauline Hohoadji