Du Skylab à La Comtesse, de Lolo à My Zoé, vous vous renouvelez toujours. Vous signez cette fois une comédie sociale, dans laquelle l’arrivée d’une famille syrienne à Paimpont, en Bretagne, divise. Quelle a été la genèse du film ?
Julie Delpy : La crise des migrants. J’ai eu envie de regarder comment ils étaient reçus en Europe, certains accueillis, d’autres rejetés. Après est venue l’idée du village breton comme un miroir qui nous renvoie à nous-mêmes : comment on se comporte dans une situation où notre empathie, nos travers, nos qualités sont mis à l’épreuve.
Vous posez la question de l’accueil des réfugiés avec impertinence et humour : était-ce une évidence ?
Je voulais réaliser un film solaire sur un sujet douloureux. Le rire, c’est l’autodérision, il permet de se moquer de tout le monde : pas seulement des villageois qui sont contre, mais aussi de ceux qui oeuvrent pour, comme mon personnage, une institutrice qui veut sauver le monde. Elle est drôle aussi, un peu nunuche. Il ne s’agit pas de faire la morale. Chacun réagit avec ce qu’il connaît, en fonction de ses limites.
Vous mettez le doigt sur nos préjugés, aussi bien du côté breton que syrien. Vous n’êtes jamais dans la bien-pensance !
Je voulais montrer comment ces étrangers nous voient, nous. Nous les jugeons, mais eux aussi portent un regard sur nous. Ils ne comprennent pas la peur qu’ils suscitent, ils trouvent que nos galettes sont dégueulasses, que les leurs sont meilleures, etc.
Vous considérez-vous comme une cinéaste engagée ?
Je ne fais pas grand-chose, je ne prends pas tellement position. Je ne sais pas gérer cela. Mes films ont un caractère politique. C’est ma façon de m’engager. En fait, cette institutrice très militante est un hommage. Elle est en partie inspirée de ma maman (la comédienne Marie Pillet, décédée en 2009, ndlr), qui aidait tout le monde, tout le temps. Elle était très impliquée dans la lutte pour les droits des femmes et des homosexuels au moment du sida.
Votre père, l’acteur Albert Delpy, joue dans presque tous vos films. Quel lien avez-vous avec lui ?
Nous avons vécu des moments un peu houleux… Maintenant, on ne se bat plus, parce qu’il est âgé. J’ai toujours adoré mon père ! Il m’a appris la liberté.
Les Barbares, mardi 3 juin à 21h10 sur Canal+