Petits rappels du CV de la plus célèbre des célibattantes. Née en 1995 sous la plume alerte de la journaliste Helen Fielding, dans les colonnes du très sérieux The Independent, Bridget Jones a aussitôt séduit des millions de lectrices. Son journal s’est imposé comme un succès de librairie (5 millions d’exemplaires) avant de triompher au cinéma grâce au génie comique de l’irrésistible Renée Zellweger. L’actrice texane, dont le choix fut vilipendé (elle n’est pas british !), a vite mis les rieurs de son côté en livrant un numéro de clown fabuleux. On a beaucoup glosé sur son régime hypercalorique (+ 12 kg !) et pas assez souligné sa performance exceptionnelle. Renée parle comme une vraie Londonienne et incarne corps et âme l’héroïne aux multiples et si délicieuses contradictions.
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Miss Jones cherche le prince charmant, mais semble attirée par les mecs toxiques. Bridget voudrait perdre ses formes généreuses, mais se gave de crème glacée et picole sans modération. Bref, une héroïne moderne, désespérément normale. Et c’est pour cela qu’on l’adore. D’autant que la trentenaire n’est pas du genre à la jouer solo dans la lumière. Dans les premiers opus, elle balance entre deux amants, forcément aux antipodes. La contradiction n’est-elle pas dans son ADN ? Comme la maladresse, la naïveté, la franchise et les ascenseurs émotionnels. Sa relation croisée et chaotique entre Daniel Cleaver et Mark Darcy l’atteste. À propos de Cleaver, son boss, elle écrit dans son fameux journal : "Névrosé, pervers, alcoolique, obsédé par le travail, voyeur et mégalo qui fuit l’engagement. N.B. : dieu du sexe !" Autant dire que Dany les yeux bleus est à fuir… à moins d’être spécialiste en auto-flagellation.
LE CHOC DES CONTRAIRES
Symbole du British lover depuis 4 mariages & 1 enterrement, Hugh Grant a voulu jouer ce serial séducteur cynique pour "rompre avec son image de héros romantique". Mission accomplie : on adore le détester. Tout le contraire de Mark, la gentillesse incarnée. Sur la carte du Tendre selon Bridget, Darcy est à la peine. Elle l’habille pour l’hiver : "Avocat divorcé, vieilli prématurément, pompeux, arrogant, coincé et cruel." La clairvoyance n’est pas le fort de la demoiselle : le très coincé Darcy se révélera au top de la "sexytude" dans L’Âge de raison.
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Il partait de loin : en sa présence, le ténor du barreau affiche une éloquence de bègue. Selon Colin Firth, qui l’incarne avec style, "Mark est chevaleresque, intelligent, poli, éloquent, il est le parfait gentleman". Pour Helen Fielding, seul l’acteur de la série Orgueil et Préjugés pouvait l’incarner. Son choix fut même la condition sine qua non à son accord pour l’adaptation. Au jeu pétulant de sa partenaire tout en excès, Firth répond par un parfait contre-pied, raide comme un i et distingué comme un lord. Le carambolage des contraires fait des étincelles et met des paillettes dans votre soirée.
Le Journal de Bridget Jones : vendredi 14 février à 21h10 sur M6