Si, au début des années 70, Louis était l’acteur sans doute le mieux payé d’Europe, on l’oublie un peu mais la reconnaissance est venue sur le tard. C’est ce que rappelle ce film ponctué d’images d’archives, d’extraits de films et d’interviews, ainsi que de phrases écrites dans des cahiers en forme de journaux intimes. Alors qu’il approche la cinquantaine, et qu’il est un comédien connu mais pas toujours identifié par le grand public, Louis tourne entre l’été 1964 et le début de l’année 1965 trois films qui vont en faire une star : Le Gendarme de Saint-Tropez, Fantômas avec Jean Marais, et Le Corniaud avec Bourvil. Le premier rassemble 7 millions de spectateurs, le deuxième, 5 millions, et le troisième est un triomphe avec 11 millions de spectateurs. Tout à coup, le fils d’une héritière ruinée et d’un avocat espagnol un peu escroc, est propulsée dans une autre dimension.
Plus jeune, le piano lui avait permis de vivoter : "Je jouais parfois de 17h30 à 5h30 le lendemain sans même une pause pipi. Quand j’allais chercher mon argent, j’avais la tête qui tournait tellement j’étais fatigué." Oublié par l’armée pendant la Seconde Guerre Mondiale (un dossier égaré !), il traverse l’époque en jouant jour et nuit, bravant le couvre-feu. Un coup de chance lui fait rencontrer l’acteur Daniel Gélin qui lui lance avant de s’engouffrer dans le métro : "Appelle, j’ai peut-être un truc pour toi." Ce sera La Tentation de Barbizon où il incarne le portier d’un cabaret, Le Paradis. On est en 1946. Prêtre, peintre, cuistot, maître-nageur, il occupe toute sorte d’emploi dans la myriade de films où il apparaît. Souvent, il est coupé au montage.
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Louis court le cachet, guette les producteurs sur les Champs Élysées pour décrocher un job. "J’avais fait installé un téléphone mural pour pouvoir être rappelé pour un rôle. Il n’y avait que ma mère, Leonor, qui m’appelait pour prendre de mes nouvelles…" Avec le succès du Gendarme, de Fantômas et du Corniaud, sans oublier celui de La Grande Vadrouille en 1966 (17,2 millions d’entrées), Louis devient si populaire qu’il finit par quitter Paris pour se retrancher dans le château acheté pour Jeanne, sa deuxième épouse, lassé de signer des autographes ou de faire des grimaces pour ravir ses fans. Mais il a toujours envie de tourner… Et de faire rire. A Gérard Oury, son ami, réalisateur du Corniaud et de La Grande Vadrouille, il dit : "Écris-moi une saloperie !" Ce seront Les Aventures de Rabbi Jacob, l’histoire culotté d’un Français raciste obligé de se déguiser en rabbin pour sauver sa peau et de s’enfuir avec un révolutionnaire arabe. Le film sorti en plein conflit entre Israël et ses voisins arabes sera aussi un succès : 7,2 millions d’entrées. De son rôle, celui de l’infect Victor Pivert, antisémite et xénophobe, qui finira pourtant par atteindre une forme de rédemption, Louis qui adorait jouer des faux-jetons dira : "Ça m’a décrassé l’âme"
Frédérick Rapilly