Délicieux (Canal+) – Isabelle Carré : « Rendre hommage aux hommes féministes est important »

Publié le 7 juin 2022 à 15:54
Jérôme Prébois
ARCHIVE. Dans Délicieux, d’Éric Besnard, Isabelle Carré la comédienne incarne l’apprentie et la muse d’un grand cuisinier, à l’aube de la Révolution française. Nous avions rencontré la comédienne lors de la sortie du film en salles.

Qu’est-ce qui vous a séduite dans le scénario ?

Isabelle Carré : La démocratisation de la cuisine, à l’époque où les cuisiniers travaillaient dans les châteaux. Tout à coup, le plaisir de la table n’était plus réservé aux nobles. Et, au-delà de ça, il y a les résonances avec ce que nous vivons : le succès de la cuisine à la télé, la place des femmes dans ce métier, qui reste encore restreinte, la crise des gilets jaunes, alors que nous étions en train de tourner…

Diriez-vous que Louise, votre personnage, était révolutionnaire avant l’heure ?

Absolument ! C’est elle qui pousse Manceron (Grégory Gadebois, ndlr) à créer son restaurant, c’est elle qui lui donne l’ambition et les moyens de réussir. C’est merveilleux que le film soit écrit par un homme. Je suis féministe et je trouve que rendre hommage aux hommes qui le sont est important.

Le rôle fait écho à votre double origine. Y avez-vous pensé ?

Oui, et cela me touche d’en parler. Ma mère était d’extraction aristocratique, et mon père était fils de cheminot. Je faisais le grand écart à chaque période de vacances. C’était fascinant de grandir dans une famille différente, la meilleure des formations pour devenir comédienne.

Le film célèbre ceux qui osent braver l’ordre établi. Qu’est-ce qui vous révolte aujourd’hui ?

L’attentisme politique et la responsabilité des industriels sur la pollution et sur l’état de notre planète. J’étais pleine d’espoir après le premier confinement. On parlait de vivre autrement, de revoir notre modèle. Mais rien ne change. La phrase de Jacques Chirac, « la maison brûle et nous regardons ailleurs », est plus que jamais d’actualité. J’ai beaucoup de colère. Je comprends certains mouvements, comme Extinction Rebellion. Je pense qu’il y a une désobéissance civile qui, là, a du sens pour les générations futures. Je suis maman de trois enfants, je m’inquiète pour eux.

Du côté des Indiens, votre deuxième roman, est sorti en poche. Quelle place tient l’écriture dans votre vie ?

Écrire au quotidien est devenu essentiel. J’ai mon troisième roman avec moi, dans mon sac. Il est en pleine gestation.

Délicieux : mardi 7 juin à 21h10 sur Canal+

Interview Isabelle Magnier

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