Chloé Jouannet : « Mon film est mignon et trash »

Publié le 19 janvier 2024 à 12:10
Abaca
Chloé Jouannet (fille d’Alexandra Lamy et de Thomas Jouannet) a présenté mercredi 17 janvier en compétition au Festival international de comédie de l’Alpe d’Huez "Allez ma fille", un court métrage très applaudi dans lequel elle dirige son père et ses deux demi-sœurs, Mado et Ysée. Une réussite très prometteuse.

Vous avez présenté hier Allez ma fille, votre premier court métrage, en compétition au Festival de l’Alpe d’Huez : dans quel état d’esprit étiez-vous avant la projection ?

Chloé Jouannet. Honnêtement, j’avais mal au ventre. J’avais mis un pull en laine sans tee-shirt à même la peau, j’ai eu des bouffées de chaleur affreuses. Je n’étais pas au top. Quand je suis arrivée dans la salle avec tout le monde, il fallait que ça commence ! Le pire, c’est l’attente. Et après, quel soulagement, j’étais trop contente.

La pression était-elle supérieure à celle que vous pouvez ressentir en tant que comédienne ?

Oui, puisque j’ai écrit et réalisé le film. Si vous n’aimez pas, c’est moi le problème ! Je suis responsable à 100% !

Allez ma fille, qui évoque avec beaucoup d’humour et de sensibilité la relation père-fille, a reçu un très bel accueil des festivaliers : parmi toutes les louanges entendues, laquelle vous a le plus touchée ?

Les retours ont été fabuleux. Quelqu’un m’a dit : "C’est marrant, ton film, c’est vraiment toi, mignon et trash !"

Comment est née Allez ma fille ?

J’avais envie d’écrire un film depuis des années. Le format du court métrage m’a semblé le plus adapté pour débuter. Pendant le premier confinement, je suis retournée vivre chez mon père alors que cela faisait des années que j’avais quitté le nid. Je me suis alors rendu compte de la réalité pour un papa de gérer une fille adolescente, ma sœur Mado avait 13 ans. Cela m’a fait beaucoup rire tout en me renvoyant à ce que j’avais vécu. Quand j’ai eu l’idée de me lancer dans la réalisation, j’ai repensé à ces moments. Je me suis dit qu’avec mes sœurs, nous avions de la chance d’avoir un papa qui nous a toujours permis de dire ce que nous voulions et surtout d’être dans le dialogue. J’avais envie de rendre hommage à tous les papas. Et au mien en particulier. J’ai une famille de parents séparés mais qui s’adorent et s’aiment aujourd’hui d’une manière différente. J’avais aussi envie de parler de ça, que l’on peut se séparer sans tout casser.

Pour ce premier film, vous avez choisi le registre familial donc, qui fait écho à votre propre histoire : était-ce une évidence pour faire vos armes en réalisation plutôt que de vous lancer dans un pur exercice de style ?

Tu ne contrôles pas ce que tu as envie de raconter. J’adore la famille, les histoires de familles et les films qui en parlent. J’aime tous les genres de cinéma, mais ce que je recherche avant tout ce sont les histoires ancrées dans l’intime, le quotidien et les relations humaines. J’ai grandi en Angleterre et j’adore les comédies sociales british qui racontent les galères du quotidien. En France, les films du tandem Olivier Nakache-Éric Toledano (Intouchables, Samba, Hors normes…) me font rêver.

Vous évoquez dans votre film le choc des générations et l’importance de libérer la parole, notamment autour de la sexualité.

J’ai toujours parlé de sexualité avec mes parents en toute liberté ainsi que de mes soirées, de la fête, de mes amitiés, de mes doutes. Dans le film, l’ado évoque ses doutes et ne se rend pas compte de ce qu’elle raconte : elle ne s’aperçoit pas que son père est complètement choqué, qu’il est livide et qu’il a envie de crever ! C’est ça qui est drôle. Je trouve très important d’avoir son jardin secret mais je pense qu’il est très important de libérer la parole et surtout à l’heure des réseaux sociaux qui peuvent être choquants, ou malsains pour les jeunes. Pour les ados il sont comme une double vie que les parents ignorent.

Vous avez été dirigée en 2021 par votre mère Alexandra Lamy dans Touchée (une fiction diffusée sur TF1) et vous avez cette fois mis en scène votre père Thomas Jouannet et vos demi-sœurs Ysée et Mado : comment s’est déroulé le tournage ?

On a tourné à côté de la maison à Bessé-sur-Braye (Loir-et-Cher) dans le gymnase où mes sœurs faisaient du Twirling bâton. On dormait tous ensemble chez mon père. Il était pour sa part hyper stressé avant de démarrer et moi je gérais des milliards de trucs à la fois. Avec mon père, tout a été très simple. Il a parfaitement respecté les rôles acteur et réalisateur. Malgré sa grande expérience, il m’écoutait quand je lui parlais et j’écoutais ses retours très professionnels. On s’est engueulé une fois parce qu’il voyait que je galérais sur une chose, forcément il voulait m’aider mais ce n’était pas son rôle. On en a rigolé trente secondes après. Pour ma sœur Mado qui veut être comédienne, c’était l’une de ses premières expériences. Son rôle est très complet, il y a plein de trucs à faire, côté physique et dans l’émotion. Elle avait plein de choses à jouer et notamment le passage de la petite fille à la femme sous les yeux de son père spectateur dans les gradins. Zoé avait vraiment une partition compliquée. Mon père a vingt-cinq ans de carrière et je dois dire que je me suis plus concentrée sur ma sœur, elle m’a fait confiance et il fallait que je sois à la hauteur en lui faisant le meilleur film possible. Pour qu’elle soit la plus belle possible et à son meilleur.

Vous avez offert un rôle inédit à votre père, dont vous dynamitez l’image de beau gosse : j’imagine que cela vous a bien fait marrer…

Exactement ! J’ai grandi avec toutes mes copines qui n’arrêtaient pas de me dire "Ton père, il est trop beau !". Je lui ai dit, attention tu vas être moche. Dans mon film, tu es un bolos ! Il le fait très bien ! Quand j’étais ado, quand il m’énervait, je disais tout bas, quel bolos. Et là, dans mon film, j’avais envie de voir ça !

Mais quel hommage à votre père ! Devant votre caméra, il excelle et chaque papa poule se retrouvera dans cette belle évocation de la relation père-fille… Que vous a-t-il dit quand il a découvert le rôle ?

Vous avez vu hier soir lors de la présentation du film sur scène, il n’a pu contenir ses larmes. Il était très ému. Pour lui proposer le film, je voulais faire un peu pro : je lui ai donc envoyé un mail. Il m’a répondu : "C’est génial, merci, si tu veux encore de moi, je suis là". Je l’ai appelé direct pour lui dire : "Ben évidemment, je te le propose !" J’avais envie d’offrir ce rôle à mon père, c’est un super acteur et un papa dément. Ce que l’on a vécu hier en famille tous les quatre, nous ne l’oublierons jamais. Rien que d’en parler, ça me bouleverse.

J’ai vu Allez ma fille comme une sorte de parabole de votre passage à l’âge adulte…

Je l’ai senti hier soir précisément quand je suis sortie de la salle. Je me suis dit, c’est cool, je me suis offert, au-delà du travail, un véritable cadeau en me faisant confiance. Je me suis donnée de la force hier. Je suis sûre qu’elle va m’accompagner désormais comme s’il y avait un truc en moi qui s’était aligné hier et qui m’a fait du bien.

Vos petites sœurs (filles de la comédienne Armelle Deutsch ndlr) ont-elles choisi de suivre vos pas et ceux de leurs parents ?

Ysée, la plus petite, qui a 12 ans, pas du tout ! Elle était contente de l’expérience. Sur le tournage, elle a fait sa scène et, comme le veut la tradition, on a salué sa fin de tournage. Je lui ai demandé si cela n’allait pas lui manquer, elle m’a dit "Non, c’est bon, j’ai eu ce que je voulais. En revanche, j’aimerais bien récupérer l’imprimante de la maison que tu as prise, j’ai un exposé à faire !" Pour sa part, Mado, qui a 16 ans, veut être comédienne. Elle a un agent et commence les castings. Elle a aussi tourné dans un court métrage pour Canal+.

Lors de la projection, vous étiez très bien accompagnée…

Dans la salle, il y avait mon père entouré de ma mère et de ma belle-mère, les deux femmes de sa vie. Tout le monde s’entend à merveille. Et ma tante Audrey était à côté de moi. Elle a présenté aussi un film au Festival (Heureux gagnants, de Maxime Govare et Romain Choay).

Conjuguerez-vous réaliser au futur ?

Ah oui ! Je pense que je ne vais penser qu’à ça. Au fond, j’ai toujours voulu le faire. J’adore jouer et je vais conjuguer les deux. En revanche, je ne me vois pas du tout me projeter des deux côtés de la caméra dans un film. J’en ai parlé hier avec Clovis Cornillac, il m’a donné plein de conseils précieux.

Envie de faire tourner votre mère Alexandra ?

Dans l’absolu, oui, bien sûr. Mais pas sur le projet que je vais développer cette année. J’ai beaucoup travaillé avec ma famille ces derniers temps, j’ai envie de faire des choses en solo pour le moment.

Quels sont vos projets pour 2024 ?

Avec Nolita, les producteurs de Allez ma fille, on travaille déjà sur la suite, avec un projet de long métrage. Mais je préfère pour l’heure ne rien en dire. Mes prochaines semaines seront consacrées à l’écriture et j’en suis très heureuse.

Retrouvez le programme complet du Festival de l’Alpe d’Huez 2024 ici.

Interview par Julien Barcilon

Par
Julien Barcilon