Youssef Salem a du succès (France 2) – Ramzy Bedia : « Je suis rentré dans ce rôle écrit pour moi comme dans… un pyjama en pilou »

Mis à jour le 9 janvier 2026 à 11:39
© Domino Films / FRANCE 2 Cinéma
Laissez-vous surprendre par l’acteur et humoriste qui, dans un registre inattendu, nous bluffe autant qu’il nous séduit avec cette excellente comédie aigre-douce.

 “Un pyjama en pilou !" C’est l’expression imagée venue à l’esprit de Ramzy Bedia pour évoquer Youssef Salem, l’écrivain en pleine crise existentielle qu’il campe devant la caméra de Baya Kasmi. Jamais – et ce n’est pas faire offense à celui qui, avec génie, nous fait tant rire depuis plus de vingt piges –, on ne l’avait vu aussi sincère, vrai, à sa place, dans un rôle tragicomique. Vu l’évidence plein écran, il y a forcément des connexions intimes entre l’acteur et son rôle. « Ce personnage me correspond tellement. Il est raccord avec plein d’éléments de ma vie. À commencer par sa famille : c’est un copier-coller de la mienne. Et puis il y a aussi cette dualité entre vivre la journée dans le showbiz et, le soir, à la maison, quand tu demandes un café et qu’on te dit “Va te le faire !” Je suis rentré dans ce rôle écrit pour moi comme dans… un pyjama en pilou. » 

LE LIVRE DE LA DISCORDE 

Soit Youssef Salem, romancier d’origine algérienne, sur le point de publier une autofiction sans tabou dans laquelle il évoque sa découverte honteuse de la sexualité, dans une famille maghrébine traditionnelle pas franchement au top sur le sujet. Mais surtout, l’artiste fait de tous les siens les personnages de son récit largement autobiographique : un mix d’amour fou et d’exaspérations trop longtemps tues, au sein d’un clan qui a le mutisme en partage. Ce livre, ses proches qui vivent dans le Sud ne doivent jamais le lire : ils en seraient meurtris et ne comprendraient pas qu’il s’agit d’une création. Youssef est convaincu que son père n’y survivrait pas. Manque de bol, le roman est un immense succès, donné favori au Goncourt ! 

« Je voulais écrire un rôle à la mesure de la grâce burlesque, de la profondeur, du charisme de Ramzy, confie la réalisatrice. C’est un grand acteur, toute la comédie tient sur la sincérité de sa partition dans le film. » L’artiste de 53 ans n’a jamais été aussi gâté par un rôle : « J’y suis particulièrement attaché, parce qu’il a été écrit pour moi. Et que je comprends tout ce qu’il ressent. Même si cela se passe dans le monde de l’édition, je comprends son malaise, toutes les prisons mentales desquelles il veut sortir, notamment sa prison familiale, ses coutumes. Je le comprends aussi quand il s’aperçoit que c’est sa famille le plus important. »

Avec une finesse, une tendresse piment d’une drôlerie constante, ce portrait de groupe interroge, avec la même légèreté apparente, des sujets profonds comme la création artistique, la famille et la place de chacun, mais aussi l’intégration, ses succès et ses ratés. Voir Youssef laisser imprimer des fautes pour que son père, féru d’orthographe, puisse exercer son art, file la chair de poule. Et le choix de Melha Bedia, soeur de Ramzy, pour jouer Bouchra, la cadette du plumitif en crise, ajoute un effet de vérité ultra touchant. « J’ai demandé la permission à Ramzy de lui offrir le rôle et il a été enthousiaste », précise Baya Kasmi. Un sentiment partagé après avoir cheminé en si belle compagnie.

Youssef Salem a du succès, dimanche 17 août à 21h10 sur France 2

Par
Julien Barcilon