C’est une histoire comme l’Amérique les adore : un coureur cycliste surdoué atteint d’un cancer bat la maladie, ouvre une fondation pour lutter contre le crabe, s’entraîne comme un fou furieux et finit par remporter sept Tours de France d’affilée − un record absolu. Trop beau pour être vrai ? Lance Armstrong serait probablement toujours considéré comme un demi-dieu si, en 2012, une enquête ne l’avait pas épinglé, confirmant ce que beaucoup faisaient plus que soupçonner depuis des années : il se dopait, et pas qu’un peu.
À lire également
Incroyable affaire qui a défrayé la chronique et que le réalisateur anglais Stephen Frears raconte ici de l’intérieur. Sorti en 2015, ce formidable thriller explore les coulisses d’un système de dopage d’une ampleur et d’une rigueur hallucinantes. Une conspiration du silence où se dévoile l’ambivalence absolue d’un homme, à la fois tricheur cynique et bouleversant quand il se rend au chevet d’enfants malades. Ben Foster, prothèse de nez et sourcils légèrement rasés, incarne le coureur avec une justesse redoutable. Il voit en Armstrong une figure d’une grande ambiguité : « Il est presque impossible de poser un jugement moral sur lui : oui, il a parfois été menaçant pour protéger son empire, mais, en même temps, sa fondation sauvait des vies ! Plus je me documentais, plus l’histoire prenait des proportions mythologiques. Et moins j’avais envie de le juger » .
À lire également
GÉNIE DU CRIME ?
Stephen Frears a, de son côté, un avis bien plus tranché sur le champion déchu, qu’il qualifie sans détour de « psychopathe ». Un commentaire que l’on doit sans doute à l’influence du livre Sept péchés capitaux : à la poursuite de Lance Armstrong, du journaliste irlandais David Walsh (joué par Chris O’Dowd dans le film), dont The Program est l’adaptation. Une enquête de treize ans, extrêmement documentée, pour tenter de faire jaillir la vérité. « Je ne connaissais pas grand-chose sur Armstrong ou sur le Tour de France », précise le cinéaste, qui pose ici un regard teinté d’ironie british sur l’Amérique obsédée par la gagne. « Au fil de mes lectures, je me suis passionné pour ce type né pour être un bon arnaqueur. J’ai toujours considéré le projet comme une enquête criminelle. Ce qui voudrait dire qu’Armstrong est une sorte de génie du crime… »
BEN FOSTER À CENT POUR SANG
Angle passionnant, mais encore fallait-il rendre Ben Foster crédible sur un vélo. Frears attend de son acteur qu’il s’implique totalement : « Il devait pédaler comme un professionnel » et adopter les postures d’Armstrong. Foster est coaché pendant six semaines par un physiologiste du sport, suit une équipe sur le Tour du Colorado, visionne toutes les interventions filmées de celui que l’on surnommait « Robocop », rencontre ceux qui ont travaillé avec lui, et va jusqu’à tester… des dopants ! « Il fallait que je comprenne ce que ces produits font sur l’organisme, avoue-t-il. Je n’ai pas envie de faire de la pub pour ces drogues. Je n’ai pas fait ça n’importe comment, j’étais sous surveillance médicale. Mais je peux le dire : ces trucs sont efficaces. » Croyons-le sur parole.
The Program, vendredi 8 août à 20h55 sur Arte