Simone, le voyage du siècle (France 2) – Elsa Zylberstein : « Je me devais d’honorer Simone Veil, de faire connaître son parcours »

Publié le 12 mai 2023 à 12:33
© 2020 Marvelous Productions / France 2 Cinéma / France 3 Cinéma
Interview. Dans le biopic Simone, le voyage du siècle, d’Olivier Dahan (La Môme), elle incarne Simone Veil. L’actrice s’est impliquée comme jamais dans cette composition d’une rare intensité. Entretien...

Elsa Zylberstein : "J’ai préparé le rôle pendant un an"

Elsa, vous aimez vous faire peur : on peut imaginer que vous ayez été effrayée par ce rôle…

Elsa Zylberstein : Je n’ai pas voulu me l’avouer. J’étais impressionnée, et à la fois mon état d’esprit était celui d’une combattante. La peur, ce n’est pas porteur. Je l’ai voulu, ce film ! Je m’en suis donné les moyens.

Vous l’avez voulu, ce film ?

J’ai rencontré Simone Veil, en 2007, lors d’un dîner au palais Brongniart, à Paris, où je lui ai remis un prix prestigieux. J’ai fait un discours devant elle et toute sa famille. Ils m’ont invitée à leur table. Elle est ensuite venue dîner chez moi. J’ai pu ressentir sa grande force, sa timidité, son élégance, son aura et sa grande humanité. J’ai senti qu’il y avait un écho inconscient et intime entre nous. L’idée d’un film sur cette femme s’est imposée peu à peu.

Comment êtes-vous devenue la Simone Veil d’Olivier Dahan ?

J’ai préparé le rôle pendant un an. J’ai interrogé ses proches, ceux qui l’avaient connue, notamment son chargé de mission, Jean-Paul Davin, à l’époque de la loi sur l’IVG… J’ai pris 9 kilos, je voulais qu’il y ait une symbiose entre l’intime et l’apparence. J’ai travaillé sa voix, chaque intonation, chaque battement de cils, j’ai étudié sa manière de marcher, ses gestes, j’ai porté ses chaussures, ses tailleurs, que Chanel a réédités, pour l’épouser et pour m’oublier complètement.

Est-ce que vous vous sentiez une responsabilité ?

Oui, absolument. Je me devais de l’honorer, de faire connaître son parcours. Il fallait réaliser un grand film. Mon ambition était que ses proches aient l’impression de la retrouver, ne serait-ce que pendant quinze secondes.

Elsa Zylberstein s’est rendue à Auschwitz

Vous êtes allée à Auschwitz, en Pologne, où elle a été déportée avec sa mère et sa sœur Milou…

C’était un étrange mélange de sentiments, parce qu’il faisait beau, il y avait beaucoup de visiteurs, des guides partout. J’étais accompagnée de Ginette Kolinka (la maman de Richard Kolinka, batteur du groupe Téléphone, était dans le convoi n°71, le même que celui de Simone Veil, ndlr). Elle me racontait tout : « Là, Elsa, tu vois le ciel, des arbres, mais il n’y avait rien. Nous étions tout le temps dans le noir, les fours crachaient de la fumée, les corps flambaient… Cette chaussée sur laquelle tu marches, j’en ai posé des pierres. » C’est par elle et par ses mots que l’émotion a été la plus forte.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez prononcé son fameux discours pour le droit à l’avortement, en 1974 ?

Nous avons tourné à l’Assemblée nationale. J’ai bossé ce discours pendant huit mois ! Elle était avec moi, à ce moment-là.

Que vous a-t-elle appris sur vous ?

J’ai vécu des choses très dures durant ce tournage (Elsa a perdu sa maman) et je pense qu’elle m’a aidée à surpasser des douleurs insurmontables. Dans son humilité, sa puissance, sa force, elle qui a côtoyé l’immonde et le monstrueux avec dignité, m’a appris comment elle relevait la tête. Quelle leçon !

Ses combats sont toujours d’actualité et ce film hommage est d’une brûlante nécessité…

Dire cela, c’est le plus beau cadeau que l’on peut faire au film. 

Isabelle Magnier

Simone, le voyage du siècle, dimanche 19 janvier à 21h10 sur France 2

Par
Isabelle Magnier