Qui est Steven McRae, héros du documentaire Resilient Man ?

Publié le 16 avril 2024 à 9:41
Flair Production / StéphaneCarrel
En salle le 17 avril, le documentaire "Resilient Man" de Stéphane Carrel revient sur le parcours hors normes du danseur étoile, qui après une grave blessure au tendon d’Achille, a tout fait pour remonter et briller sur scène.

Parlez-nous de Steven McRae…Qui est-il ?

Steven McRae est danseur étoile au Royal Ballet de Londres. Il est d’origine australienne. Il a grandi dans la banlieue de Sydney. Ses parents, retraités aujourd’hui, étaient garagistes et son père passionné de courses automobiles était pilote de dragsters. Tous les week-ends, Steven accompagnait son père lors de ses courses de dragsters. Il se rêvait pilote de course. Et puis, à l’âge de 7 ans, en accompagnant sa mère pour aller chercher sa sœur à un cours de danse, il découvre la danse. Le soir, il dit à ses parents : « Je veux faire de la danse ». Steven vient de découvrir une passion qui ne le quittera plus jamais au point de vouloir devenir danseur professionnel. A 17 ans, il passe le grand concours de Lausanne. Il décroche le premier prix et il est engagé immédiatement dans la compagnie du Royal Ballet.
Comment avez-vous entendu parler de lui ?

Il y a quelques années j’ai réalisé un documentaire sur le couturier anglais Paul Smith. Ce dernier, passionné de photographie, a réalisé une série de portraits des danseurs étoile du Royal Ballet. Parmi eux, Steven McRae. Lors du vernissage de l’exposition que je filmais, Paul Smith m’a parlé de Steven et de son histoire. Je me suis immédiatement dit il y aurait un beau film à faire…L’idée est restée dans ma tête. Puis la blessure de Steven est arrivée et je me suis dit alors que c’était le bon moment pour faire mon film raconter son histoire par le prisme de la blessure, dans le monde de la danse. Un sujet très peu abordé tant il reste tabou.

Un thème hautement universel

Qu’est-ce que cette histoire a de cinématographique ?

Je me suis dit très vite, quand j’ai commencé à réfléchir à ce film, qu’il fallait porter cette histoire jusqu’au cinéma. Tous les ingrédients étaient là pour construire une dramaturgie forte digne du cinéma. Les doutes, les peurs, la blessure, la danse, l’histoire personnelle de Steven mais aussi celle d’un homme qui chute et qui se bat pour remonter. Un thème hautement universel dans lequel tout le monde peut se reconnaître que l’on soit danseur ou pas.
A quel moment cela devient une histoire de résilience ?

Dès le début, c’est une histoire de résilience. Et la décision de se battre pour danser à nouveau aussi. Peu de gens pensaient que Steven remonterait sur scène un jour. Ce qu’il a réussi à faire est exceptionnel. Pour lui il n’était pas envisageable d’arrêter de danser.
Le processus de réalisation a été particulier ?

Il y a eu la distance, le covid, parfois l’attente de financement. Ce film m’a demandé 4 ans d’un travail acharné. Mais pas question pour moi non plus de lâcher cette histoire, ni Steven. Il y avait de la résilience de chaque côté de la caméra. Si Steven se battait pour remonter sur scène, moi je me battais de l’autre côté pour faire exister ce film. Cette résilience commune nous a portés tous les deux, je pense. Le Covid a été très bénéfique. Puisque je ne pouvais me déplacer à Londres pour tourner, nous avons alors beaucoup échangé par zoom Steven et moi. Nous avons appris à nous connaître en se parlant tous les vendredis à 17h. J’étais un peu son rendez-vous psy de la semaine. Il me disait souvent : « Je pense que tu vas mieux me connaître que ma femme » ! (Rires). Tout ce travail a été nécessaire. Si bien que le premier jour de tournage tout était évident. Il n’y avait aucune gêne devant la caméra et j’ai réussi à me faire oublier très vite. Pour me permettre ensuite de réaliser ce film jusqu’au bout, mes producteurs et moi-même avons mis en place un crowdfunding. Sans le soutien de plus de 800 donateurs dans le monde entier, ce film n’aurait jamais vu le jour. Je les remercie encore. Tous leurs noms figurent au générique de fin du film. Faire un documentaire au cinéma relève du défi. C’est beaucoup de travail, de sacrifices, une forme d’abnégation et il faut avoir la foi. Je n’ai jamais rien lâché.

Protéger les futures générations de danseurs

Comment ne rien louper dans son processus de reconstruction à lui ?

Puisque je ne pouvais pas venir filmer tout de suite à cause du Covid, j’ai demandé à Steven de se filmer régulièrement. Cela ne lui a pas posé de problème puisqu’il est très actif sur les réseaux sociaux et il avait cette volonté dès le départ de témoigner sur sa blessure et sur tout le processus exceptionnel mis en place par l’équipe médicale du Royal Ballet pour le sortir d’affaire. Ils prennent très à cœur les blessures de leurs danseurs et mettent tout en œuvre pour s’occuper d’eux. Le film est aussi là pour témoigner de cela. Il faut protéger les générations futures et faire en sorte que les danseurs arrêtent leurs carrières par choix et non à cause d’une blessure.

Comment filmer un danseur qui ne peut plus danser ?

Quand je commence à filmer Steven, il n’est pas encore remonté sur scène, après deux années d’absence. Je dirais alors que le plus difficile a été de se demander : va t’il y arriver ? Va-t-il assurer le soir de son grand retour ? Que va t’il se passer ? Même si toutes les répétitions que j’ai filmées avant ce moment se déroulaient plutôt bien, le doute subsistait en lui, et en son équipe…. Tout le monde redoutait le pire. Moi j’avais également très peur derrière ma caméra…

Vous suivez également ses proches. Quel rôle ont-ils joué dans son parcours ?

Sa femme et ses trois enfants forment son socle. Sans eux, il ne serait pas là. Il s’est aussi battu pour eux. Ce qui l’a le plus affecté durant ces deux ans est le fait de ne pas avoir été capable de jouer avec ses enfants. De courir avec eux. Il était alors capital pour moi que sa famille soit présente tout au long du film. Particulièrement sa femme, qui a abandonné sa carrière de soliste au sein de la compagnie après la naissance de leur troisième enfant. Elle savait aussi qu’il fallait gérer la blessure de Steven. J’avais aussi envie de montrer cette intimité-là, montrer aussi l’homme derrière tout cela. L’homme "normal", qui prend le métro tous les jours, fait à manger, s’occupe de ses enfants. C’est assez rare de voir un danseur comme cela…

Steven a-t-il eu besoin d’apprendre un danser autrement ?

Oui. Il y a des pas aujourd’hui qu’il ne peut plus faire. Les pliés relevés sont toujours difficiles. Il doit désormais composer avec et trouver des solutions pour ne rien montrer au public. Toute la difficulté du danseur est là. C’est à la fois un artiste et un athlète.

Quelle leçon peut-on tirer de son histoire, selon vous ?

Il faut un sacré courage pour arriver à faire ce qu’il a fait. Rien n’est impossible. Il faut y croire. Il faut croire en ses rêves et ne jamais les perdre de vue.

Qu’avez-vous ressenti la première fois qu’il est remonté sur scène ?

J’ai ressenti de la peur. Et je voulais qu’on ait peur avec lui. Tout au long du film. J’ai travaillé le film dans ce sens-là. Être au plus proche de lui, le sentir respirer, douter, être dans son corps, dans sa tête et l’accompagner jusqu’au bout de ce périple.

Où en est-il aujourd’hui ?

Steven s’est blessé au genou. Sa saison a été annulée. Il finit actuellement sa rééducation et se prépare pour la saison prochaine. Il est déterminé à danser encore pendant longtemps.

Par
Amandine Scherer