“Allô, c’est ton pire cauchemar !" Entre la réalisatrice Anne Fontaine et Benoît Poelvoorde, c’est une belle histoire, une complicité artistique et amicale qui a bien failli ne jamais se concrétiser. En 2004, la cinéaste voudrait que le comédien accepte le rôle principal de son film Entre ses mains, dans lequel elle lui offre de jouer un véto serial killer. « J’avais une telle passion pour lui, confie-t-elle, que je l’ai presque forcé à dire oui. Du coup, sur le plateau, c’était un peu tendu, pour lui, pour moi, il luttait… » Au point de la faire pleurer, se souvient l’acteur qui, depuis, chaque fois qu’il lui téléphone, utilise la même formule, qui vaut excuse… et donne son titre au film. Ensemble, ils ont aussi tourné Coco avant Chanel, en 2009, et ces deux grands émotifs se trouvent plein d’affinités. « Nous partageons la même névrose. Nous réfugier derrière une façade, cela nous permet d’évoluer dans une société qui nous effraie », raconte Poelvoorde. En miroir, la réalisatrice ajoute : « Benoît est quelqu’un qui m’inspire profondément, dans lequel je me reconnais. Il y a quelque chose de l’ordre de la reconnaissance mutuelle, entre nous. »
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Une véritable muse, à qui elle a permis d’accéder à une palette plus dramatique. « Anne me donne confiance et me pousse à jouer dans un registre différent. Elle m’a appris à murmurer, alors que j’ai toujours tendance à gueuler sur les plateaux », nous confiait-il, en 2011, à la sortie de Mon pire cauchemar, comédie romantique improbable construite sur le schéma classique − ici d’une redoutable efficacité − du choc des contraires. Le couple aux antipodes étant ici Isabelle Huppert, dans le rôle d’Agathe, une bourgeoise germanopratine chaude comme l’Arctique (plus pète-sec, tu meurs !), et Benoît Poelvoorde, le très brut de décoffrage Patrick, un marginal sans filtre : « J’ai fait mon service dans la Marine. Alors, il y a trois choses où je touche ma bille : l’alcool, les radasses et la géographie. » Vous avez l’image ?
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LE PLAISIR DU JEU
La rencontre est tentante, et la love story lunaire à laquelle nous invite Mon pire cauchemar tiendra toutes ses promesses. Et davantage, le cinéma d’Anne Fontaine ne se contente pas des grosses ficelles d’un canevas facile. La finesse et la fantaisie sont convoquées. Depuis longtemps, la cinéaste avait à cœur de réunir ces deux forts tempéraments. « L’idée de départ était de caricaturer ce que nous représentions », s’amuse Isabelle, qui se reconnaît des points communs avec son partenaire, comme « le plaisir du jeu, mais aussi une certaine simplicité dans le travail ». Benoît avoue avoir flippé à l’idée de donner la réplique à une telle icône. Lorsqu’on lui dit qu’elle peut être impressionnante, celle-ci répond, amusée : « C’est tellement mal me connaître ! » Vaines inquiétudes, donc. On peut même parler d’accord parfait. Ces deux-là étaient faits pour s’entendre… et nous embarquer dans cette romance, super séduisante.
Mon pire cauchemar, mercredi 4 juin à 21h00 sur Arte