Mascarade (TF1) – Isabelle Adjani en gloire déchue du 7e art : « C’est très rigolo à jouer »

Publié le 8 septembre 2024 à 13:20
Nicolas Bedos orchestre un séduisant et cruel jeu de manipulations, dans lequel Isabelle Adjani brille en gloire déchue du cinéma, au côté d’un casting cinq étoiles.

“La Côte d’Azur est un endroit ensoleillé peuplé d’êtres obscurs." Le film s’ouvre sur cette citation du célèbre romancier britannique Somerset Maugham, apprécié de ses lecteurs pour son humour et son art de la raillerie intelligente. Bienvenue dans la baie des Anges, ses corniches bordées de villas sublimes, ses piscines à flanc de falaise, ses coupés-cabriolets intérieur cuir, son glamour de façade, son microcosme de nantis et ses petits escrocs. 

Avec son quatrième long-métrage, dans lequel il fait renaître la French Riviera de l’âge d’or de Hollywood, Nicolas Bedos (La Belle Époque) signe une fresque romanesque sentimentale, sexy et délicieusement perverse. « Dans mes films précédents, je m’étais beaucoup intéressé au couple, au plaisir quasiment fraternel. Là, on est dans le désir qui vous tombe dessus, comme un couteau dans le coeur, avec pour souvenir les films noirs que j’ai découverts adolescent, comme La Dame de Shanghai, d’Orson Wells, Casino, de Martin Scorsese, avec des femmes puissantes, dangereuses et magnifiques à la fois. »

À l’image de ses héroïnes : Margot, l’arnaqueuse, et Martha Duval, gloire déchue du 7e art. Mère célibataire, Margot use de ses charmes pour mettre le grappin sur des hommes riches et se payer la vie de luxe qu’elle estime mériter. Simon Laurenti (François Cluzet), promoteur immobilier sans histoires, va s’y brûler les ailes. Marine Vacth (Jeune & jolie, ADN) prête à Margot sa sensibilité et sa singulière beauté : « Elle est incroyablement vivante, volubile, blessée, analyse l’actrice. Malgré sa duplicité, elle ne triche pas. » 

PARTITION 24 CARATS 

Martha, elle, dépense sans compter – elle en a les moyens – pour entretenir Adrien, gigolo cupide qui se fait passer pour un écrivain inspiré (Pierre Niney, excellent en salaud de salon). Si la diva ne sait pas qu’il la trompe avec Margot, dont il est amoureux fou, elle n’en est pas moins lucide : « Il aime les belles choses, mais ne fait rien pour se les offrir ! » Dans le rôle de cette Martha aux répliques cinglantes, sans cesse au bord du pétage de plomb, parce qu’elle ne supporte pas de ne plus exister aux yeux des autres, Isabelle Adjani livre une partition 24 carats. « Elle est revancharde, méprisante, c’est le genre de personnage qu’on aime détester. C’est très rigolo à jouer, parce que cela renvoie au rapport que les actrices peuvent avoir à leur image, mais aussi à celle que les gens ont d’elles », nous confiait la comédienne, en 2021. 

Si Isabelle Adjani manie l’autodérision avec finesse, on aurait tort de penser que Martha est un rôle miroir. « Il arrive qu’on joue très bien des personnages avec lesquels on n’a rien à voir ! Zéro atome crochu avec les ongles de la sorcière !, explique-t-elle à Paris Match. Il y a quelque chose d’une garce chez Martha, des comportements délétères, que j’ai eu le loisir d’observer autour de moi. Les occasions ne manquent pas lorsqu’on vous jalouse ! Si j’ai puisé quelque part, c’est dans la pléthore de ces mauvais souvenirs. »

ISABELLE MAGNIER 

Par
Isabelle Magnier