Quelques mois après la victoire de la France à la Coupe du monde de football, en 1998, un ovni débarque dans les salles de cinéma hexagonales. L’histoire d’un ancien loser nommé Ted (Ben Stiller), tentant de retrouver Mary (Cameron Diaz, au firmament), son amour de jeunesse. Il embauche Pat, un détective privé (Matt Dillon), pour mettre la main sur cette beauté qui s’ignore, mais le privé tombe lui-même raide dingue de la jeune femme et tente d’éloigner Ted… Jusqu’ici, les frères Bobby et Peter Farrelly s’étaient illustrés avec le délicieusement foldingue Dumb and Dumber (1994), et le moins connu Kingpin (1996). Rien ne préparait, en tout cas, le duo à dépasser les frontières d’un cinéma, certes hilarant, mais plutôt confidentiel à l’époque. C’est pourquoi le succès massif de Mary à tout prix à travers le monde (notamment en France, avec 3,3 millions d’entrées) était fichtrement inattendu.
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Avec le recul, c’est pourtant une évidence : sorte de stradivarius de l’humour pipi-caca, où les limites de la bienséance sont régulièrement franchies, Mary à tout prix fonctionne à la fois au premier degré et comme une parodie de comédie romantique. De quoi rendre le film imperméable au temps qui passe, malgré des gags crus, qui pourraient sembler datés : le pénis coincé dans la braguette de Ben Stiller reste un immense moment de farce burlesque, et la scène culte de la semence utilisée involontairement comme du gel capillaire par Cameron Diaz n’a pas pris une ride.
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L’actrice a hésité avant de se lancer : « Je me suis demandé si ça n’allait pas nuire à ma carrière, avoue celle qui était déjà une star, grâce à The Mask. Mais j’avais confiance en Bobby et Peter, et quand j’ai vu ce que ça rendait visuellement, j’ai compris qu’ils avaient eu raison. Dans l’intrigue, comme dans la manière dont leurs personnages sont proches des gens réels, ils savent mettre du coeur dans leurs histoires. Alors, on pardonne plus facilement leurs blagues. »
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Des génies de la comédie, capables d’injecter de l’humanité au centre d’une machine à se bidonner, d’une précision redoutable, mettant en scène une galerie de personnages et des situations tout droit sortis d’un dessin animé de Tex Avery (la voisine frappadingue et carbonisée, le chien qui subit les pires outrages, les incisives trop longues de Matt Dillon…). Un univers dans lequel Ben Stiller, tordant, est comme un poisson dans l’eau : il explose à la sortie de Mary à tout prix, devenant une star de l’humour américain durant une décennie (Mon beau-père et moi, Zoolander, La Nuit au musée…).
UNE RECETTE POPULAIRE ET EXIGEANTE
Les Farrelly vont offrir au monde un dernier grand film, deux ans plus tard (le spectaculairement drôle Fous d’Irène), avant d’aller usiner quelques bouffonneries pour Hollywood. Peter prendra la tangente, le temps de gagner un Oscar dans un tout autre registre ( Green Book : sur les routes du Sud, en 2018), mais ni lui ni son frère ne retrouveront la recette à la fois populaire et exigeante du grand Mary à tout prix.
Mary à tout prix, dimanche 23 mars à 21h10 sur TFX
FRANÇOIS LÉGER