Les Tontons flingueurs (France 2) – Pourquoi Lino Ventura a hésité à tourner dans le film culte ?

Publié le 4 janvier 2026 à 13:27
Ce soir, ne boudons pas notre plaisir et régalons-nous de nouveau avec ce chef-d’oeuvre de la comédie tricolore qui, tel un grand cru, ne craint pas le nombre des années. 

Comme son personnage, Fernand Naudin, ex-truand reconverti dans les machines agricoles, Lino Ventura est entré dans l’aventure des Tontons flingueurs à reculons. L’ex-catcheur, qui affichait 100 kg à la pesée et avait son caractère, redoutait de n’être pas drôle. En plus, d’avoir été préféré à son mentor, Jean Gabin, le gênait aux entournures. Son côté mal embouché se révélera absolument irrésistible. Michel Audiard, le génial dialoguiste qui lui avait déjà ciselé des saillies savoureuses dans Un taxi pour Tobrouk (1961), s’en est à nouveau servi. Georges Lautner, avec lequel l’acteur travaille pour la première fois, a compris qu’il « faut y aller mollo avec Ventura. C’est son premier film bizarre », selon l’expression de l’acteur. S’il semblait sur les nerfs au début, Lino prendra vite le pli de l’humour et révélera, à lui-même et à ses partenaires, une vis comica insoupçonnée. 

Parodie gouailleuse 

Du roman Grisbi or not Grisbi, signé Albert Simonin, Georges Lautner et Michel Audiard n’ont conservé… « qu’une page et demie ! » Dans cette parodie mariole et gouailleuse de film noir, un caïd mourant, le Mexicain, demande à son vieux complice Fernand de veiller sur sa fille. Et, accessoirement, sur son héritage. D’où le rififi et les bourre-pifs avec les frères Volfoni, Raoul et Paul, soit Bernard Blier et Jean Lefebvre. Francis Blanche – « Touche pas au grisbi, salope ! » – joue le notaire marron friand du 7,65 mm avec silencieux : plop plop ! Claude Rich, Robert Dalban, Venantino Venantini complètent ce gang de pointures. 

"Façon puzzle"

Sorti en novembre 1963, le film remporta un beau succès, mais personne n’aurait pu imaginer qu’il accéderait, au fil des diffusions télé et des ventes de VHS, au Panthéon de notre pop culture tricolore. Véritable trésor national, les dialogues d’Audiard sont entrés dans le langage commun. « C’est du brutal ! », « C’est plutôt une boisson d’hommes », « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! » Qui n’a jamais paraphrasé la tirade du Raoul en pétard ? « Moi, les dingues, j’les soigne ! J’m’en vais lui faire une ordonnance, et une sévère. J’vais lui montrer qui c’est Raoul. Aux quatre coins d’Paris qu’on va l’retrouver, éparpillé par petits bouts, façon puzzle ! » Magique ! 

Les Tontons, c’est un festival d’aphorismes tordants, de bons mots qui volent en escadrille, un bouquet final permanent de formules gouleyantes. Le plus souvent, et cela fait partie du plaisir, on les devance pour mieux les savourer à nouveau. En choeur, c’est encore meilleur ! En 2013, pour les 50 ans du film, Georges Lautner confiait, à propos de la postérité de sa comédie, qu’il n’avait jamais su l’expliquer : « Quand nous avons tourné, nous avions tous envie de rigoler. C’est peut-être ça, l’explication : la déconne vieillit mieux que la tragédie ! » Comme Lino Ventura, qui, piqué par le virus de l’humour, rempila dans la foulée avec le cinéaste pour tourner Les Barbouzes, il est impossible d’échapper à la contagion rieuse des Tontons flingueurs. Les comédies cultes, n’est-ce pas à ça qu’on les reconnaît ? 

Les Tontons flingueurs, dimanche 4 janvier à 21h10 sur France 2

Par
Julien Barcilon