L’allure bonhomme, avec son épaisse veste en cuir et son cigare, René Boisrond (Philippe Noiret), vieux de la vieille d’un commissariat de Barbès, est une figure du quartier. À force de l’arpenter, il le connaît comme ses poches, bien pleines, grâce aux arrangements qu’il a conclus avec les petits truands du coin et les commerçants pas tout à fait en règle… "Un échange de bons procédés", qui lui permet d’assouvir sa passion pour les courses hippiques. Et voilà qu’on lui met dans les pattes un jeune flic, frais émoulu de l’école d’Épinal, joué par Thierry Lhermitte, la trentaine bon chic bon genre. Le code civil dans une main, un ballon de Vichy dans l’autre : "Jamais d’alcool, merci." Le blanc-bec veut appliquer la loi et n’entrer dans aucune combine de son équipier "ripou"…
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DEUX FLICS À BARBÈS
Ripou : l’expression est entrée dans le langage courant et a trouvé sa place dans le dictionnaire grâce à ce duo mal assorti, imaginé par Claude Zidi, à la suite de sa rencontre avec Simon Michaël, un ex-inspecteur de la police judiciaire, qui lui avait proposé des anecdotes authentiques, réunies dans un synopsis. Le tandem magique formé par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte aura beau fêter ses quarante ans l’année prochaine, il n’a pas vieilli. Leur divergence de points de vue sur l’exercice de l’ordre public et leurs dialogues font toujours mouche : "Tu veux arrêter tous les délinquants ? La petite vieille qui traverse en dehors des clous ? Interdit ! Le travelo au coin de la rue ? Interdit ! Le clébard qui fait là où on lui dit de ne pas le faire, au gnouf !", s’énerve l’inspecteur Boisrond, face à la rectitude de son jeune collègue. L’immense Philippe Noiret l’incarne dans toute son ambiguïté et sa veulerie, mais le défend avec tendresse : "C’est un ripou par la force des choses, parce qu’il n’a plus beaucoup d’illusions sur la nature humaine, mais il fait régner un ordre de bon aloi dans son quartier."
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Claude Zidi a pris soin de plonger ses héros dans un univers réaliste : "Le commissariat, construit dans un entrepôt, avait l’air tellement authentique que des gens venaient y apporter des objets trouvés et y déposer plainte !", se souvient le réalisateur. Aujourd’hui, son film prend des allures de document ethnographique, en faisant resurgir le Barbès populaire et multiculturel des années 80, ses trottoirs bondés, devant les magasins Tati, les escaliers de Montmartre, la place Blanche et sa faune interlope… Le marché avec ses pickpockets et ses joueurs de bonneteau, où Noiret vient gentiment racketter tout ce petit monde, a, lui, été reconstitué sous le métro Barbès Rochechouart, juste en face du vrai. "Nous avions quatre-vingts figurants professionnels. A la fin, trois cents personnes se baladaient là, sans même s’apercevoir qu’on tournait. On s’est fait piquer tous les objets et accessoires." Après l’énorme succès de ses Ripoux (plus de 5 millions d’entrées), Zidi leur donnera deux suites : Ripoux contre ripoux, en 1990, et Ripoux 3, en 2003.
Les Ripoux, lundi 27 mars à 20h50 dur Arte
ISABELLE MAGNIER