Les Jeunes Amants aurait dû être un film de Sólveig Anspach, autrice et réalisatrice de Haut les coeurs !, Lulu femme nue… Mais sa mort, en août 2015, à 54 ans, l’a empêchée de tourner le scénario, inspiré de la vie de sa mère. Elle avait fait promettre à sa co scénariste, Agnès de Sacy, que le film existerait, et qu’il serait réalisé par une femme. Sollicitée, Carine Tardieu (L’Attachement) a d’abord reculé, trouvant ce projet trop lourd à porter. Néanmoins, elle accepte de lire le scénario : « J’ai été bouleversée car, à travers sa mère, Sólveig évoquait sa propre mort. » Soutenue par Clara, la fille de l’artiste disparue, la réalisatrice s’est s’approprié l’histoire comme « on adapte librement un roman », pour la tirer vers plus de lumière, sans toutefois en atténuer la gravité.
En 2006, dans un hôpital de Lyon, Pierre, un jeune médecin, sympathise avec Shauna, une architecte venue veiller son amie mourante. Quinze ans plus tard, Pierre, 45 ans, marié et père de famille, accompagne son meilleur ami en Irlande, dans le cottage de sa mère. Surprise ! Il y retrouve Shauna. Sans crier gare, l’amour s’empare de ces deux-là, même si un écart de vingt-cinq ans les sépare… « Shauna est assez intelligente pour deviner l’obstacle du qu’en-dira-t-on, mais elle l’affronte et le dépasse », analyse Fanny Ardant. À l’origine, l’héroïne devait être incarnée par la comédienne anglaise Vanessa Redgrave. « La réécriture du personnage avait évolué. Il me fallait trouver ma Shauna », précise Carine Tardieu.
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ARDENTE FANNY ARDANT
Qui, mieux que l’impétueuse muse de François Truffaut, pouvait incarner cette femme, emportée à l’hiver de sa vie par une brûlante passion ? La réalisatrice a deviné chez Fanny Ardant la bravoure nécessaire pour un tel rôle. L’actrice nuance : « Lorsque j’aime un personnage, je ne vois pas où est le courage. J’avais son âge, je pouvais donc l’incarner avec ma vérité. Comme elle, je pourrais me lancer dans une aventure sans avoir peur. Le danger est de se dire : “Est-ce bien raisonnable ?” La vie est toujours un risque à courir. Nous n’en avons qu’une ! »
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Face à elle, l’hypersensible et toujours un peu mystérieux Melvil Poupaud livre une interprétation à fleur de peau : « Il n’y a pas de perversité chez Pierre, ni de double fond. D’habitude, j’aime bien jouer les personnages troubles, et là, c’était presque un effort d’interpréter un homme transparent dans ses intentions. Quand on jouait avec Fanny, je me laissais entraîner par elle. Elle me disait : “Melvil, là, il faudra m’embarquer !” »
Les seconds rôles sont écrits avec la même finesse : Cécile de France, en épouse blessée, qui n’éprouve de la jalousie que lorsqu’elle apprend l’âge de sa rivale, Florence Loiret Caille, la fille de Shauna, prise entre l’affection et l’amertume face à la liberté de sa mère, et Sharif Andoura, l’ami peu enclin à encourager l’histoire d’amour qui prend forme. Et on saura gré à Carine Tardieu d’avoir choisi une fin tournée vers la vie, comme le dit Pierre : « Quel que soit le temps qui nous reste, il faut profiter de cet air que l’on respire encore ensemble. »
Les Jeunes Amants, mercredi 11 janvier à 21h00 sur Arte