Un soir de 1968, Claude Sautet trouve, glissé sous la porte de son appartement, un scénario de Jean-Loup Dabadie, accompagné d’un message : « Mon petit Claude, j’ai écrit ça, je cherche un metteur en scène, et il n’y a que toi qui puisses me conseiller quelqu’un. » Il s’agit de l’adaptation du livre Les Choses de la vie, de Paul Guimard. Se retrouvant dans le personnage principal, partagé entre deux femmes, le réalisateur décide de s’emparer du scénario. Ce sera pour lui une belle façon de revenir derrière la caméra, après l’échec de L’Arme à gauche (1965). Son film commencera par une scène désormais d’anthologie : une Alfa Romeo, qui roule trop vite sur une route de campagne, percute un camion. Au volant, Pierre, quadragénaire cossu, voit défiler sa vie, tandis que son coupé sport part en tonneaux mortels. Michel Piccoli tiendra le rôle de Pierre, Lea Massari, celui de Catherine, sa femme. Pour Hélène, la maîtresse, Sautet n’a pas d’idée. On lui parle de Romy Schneider, qu’il ne connaît pas, mais dont il a en tête l’image un peu niaise des Sissi.
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UNE ACTRICE DE CARACTÈRE
Quand il la rencontre en 1968, aux studios de Boulogne-Billancourt, il change d’avis : « J’ai senti qu’elle était pleine de force et de vie, j’ai tout de suite voulu tourner avec elle. Elle m’a dit : “Écoutez, il y a une chose dont vous pouvez être sûr avec moi, c’est que je suis photogénique. Il n’y a rien à craindre sur ce plan.” » L’intelligence et la sensibilité de l’actrice crèvent l’écran. Sa beauté, sans fard, illumine ces choses de la vie qui reviennent à la mémoire de Pierre, gisant parmi les coquelicots, rouges comme la robe d’Hélène, impétueuse et belle comme un soleil. Il pense encore : aurait-il dû mettre de l’ordre dans son existence, dans ses amours ? Comment fait-on, à l’âge mûr, quand on est époux, père de famille, ami fidèle, pour choisir une vie ou une autre ? Divorcer ? Épouser Hélène ? La complicité entre Romy Schneider et Michel Piccoli, magnifique de fragilité, épatait Claude Sautet : « C’était une entente sans concurrence, une aide réciproque. Un rapport tendre et merveilleux. » Mais c’est Romy qui le subjugue, et réciproquement : « Elle avait, bien sûr, un caractère absolu. Quand on tournait, il ne fallait pas que je la quitte des yeux. Sinon, elle me disait aussitôt : “On refait celle-là, tu ne m’as pas regardée.” » Les Choses de la vie, sorti en 1970, sera le premier grand succès public de Claude Sautet.
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Les Choses de la vie (C8) Dans les coulisses d’un chef-d’œuvre
Le film inaugure son cycle de portraits intimistes contemporains (César et Rosalie, Une histoire simple…), qui vont devenir sa marque de fabrique. Graziella Sautet, l’épouse du réalisateur, décrit avec finesse leur amitié amoureuse : « C’est avec Romy qu’il a compris que les femmes étaient des personnes courageuses et vivantes. Elle lui a offert un portrait de femme qui l’a impressionné et qu’il a gardé dans tous ses autres films. » Et Sautet a révélé une immense comédienne.
Les Choses de la vie : dimanche 2 avril à 21h10 sur C8
ISABELLE MAGNIER