Si, en 1998, les patrons de la Metro Goldwyn Mayer acceptent de sortir 123 millions d’euros pour produire le dernier James Bond du XXe siècle, c’est à une condition : le film événement doit avoir un casting féminin d’exception. Les financiers, d’accord pour reconduire Pierce Brosnan dans le rôle de 007, prennent déjà un risque en confiant le rôle du méchant à Robert Carlyle, acteur anglais au caractère bien trempé. C’est pourquoi "il faut équilibrer le casting avec des femmes ayant de la classe ", dixit le producteur Michael G. Wilson. Pour incarner la vénéneuse Elektra King, fille d’un milliardaire du pétrole russe que Bond va mettre dans son lit, la production pense d’abord à Sharon Stone. Avant de faire machine arrière : l’Américaine est hors de prix.
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Fan de 007
Le réalisateur anglais Michael Apted se souvient alors d’une ravissante comédienne française qu’il a vue dans Firelight, drame de William Nicholson. Elle s’appelle Sophie Marceau et porte en elle toute l’élégance et le charme de la France. Contactée, l’intéressée se rend très rapidement à Londres et charme les producteurs lors d’une opération séduction qui n’excède pas dix minutes. Sophie Marceau, fan de l’agent 007 depuis son enfance, est ravie de tenter la grande aventure Bond : "J’ai lu le script avec un plaisir fou. Ce cinéma, c’est tout ce que j’aime !" Mais pour respecter la tradition des films sur l’espion, il convient de mettre en face de la Frenchie, qui incarne une vilaine traîtresse, une gentille James Bond girl, loyale, et surtout hyper sexy. Denise Richards, tornade sensuelle révélée l’année précédente dans Sex Crimes, est retenue parmi 1 000 candidates.
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Un Pierce Brosnan en transe
Les premières scènes entre Sophie Marceau et son partenaire sont tournées en février 1999, à 2 500 mètres d’altitude, à Chamonix. Sophie est resplendissante dans sa combinaison mauve surmontée d’une chapka noire. En la voyant descendre la piste, Brosnan frise l’apoplexie : "Sophie ! Quelle présence ! Quelle féminité ! Et puis, ce petit accent. Hummm… Depuis que je fais ce métier, je n’ai jamais côtoyé une femme possédant un tel pouvoir de séduction. Et surtout, sachant si bien s’en servir", avoue-t-il, en transe, au réalisateur. Qui s’empresse de répéter ces compliments à l’intéressée. Elle reste de marbre, avant de lâcher : "Pierce dit des trucs bizarres sur moi. Je crois qu’il vit dans son monde… Mais j’aime bien les scènes de comédie avec lui." Cette mise au point ne décourage pas Brosnan, qui récidive dans le magazine Ciné Revue : "Elle incarne une irrésistible sensualité. Elle est papillonnante, légère, évanescente… Et ce parfum capiteux !" Sur le tournage, il n’a d’yeux que pour la Française, au grand dam de Denise Richards, éclipsée, malgré ses bodies moulants et ses regards de braise. Arrive la torride scène d’amour, où l’actrice caresse l’épaisse toison pectorale du comédien irlandais. Sur un ton plaisantin, Sophie Marceau confie au réalisateur : "Je dois vous dire que moi, j’aime les hommes sans poils…"
Le monde ne suffit pas, vendredi 17 septembre à 21h05 sur France 2.
J.-B. Drouet