En 1973, la Warner achète les droits de La Tour, de Richard M. Stern, roman qui plonge le lecteur dans l’incendie d’un gratte-ciel, et la Fox, ceux de L’Enfer de verre, signé Thomas Scortia et Frank Robinson, au sujet identique. Les deux studios s’allient, investissent quatorze millions de dollars, et mêlent les deux histoires dans un même scénario : pendant la soirée inaugurale d’une tour ultramoderne, un court-circuit dans des câbles électriques défectueux provoque un incendie. Le feu se propage et les invités sont piégés au 135e étage.
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PRISES DE TÊTES D’AFFICHE
Pour éviter un embrasement d’ego, la production a cédé aux exigences de Paul Newman, dans le rôle de Doug Roberts, l’architecte du gratte-ciel, et de Steve McQueen, qui incarne le chef des pompiers Michael O’Halloran : salaires égaux (un million de dollars, plus dix pour cent des recettes), même durée de présence à l’écran et même nombre de répliques. Les deux stars se toisent. Dès que McQueen apprend que Newman a escaladé la rampe d’un escalier effondré, il s’empresse de sauter d’un hélicoptère sur le toit d’un bâtiment ! L’interprète de Bullitt s’est formé aux gestes de lutte contre l’incendie. Quand un vrai feu se déclare sur le plateau, il aide les pompiers. L’un d’eux lui dit : « Ma femme ne croira jamais ça ! » et McQueen réplique : « La mienne non plus ! » En coulisses, ulcéré par les retards à répétition de Faye Dunaway, William Holden, qui joue le promoteur inconséquent, sermonne l’actrice. Dès lors, elle sera ponctuelle !
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TOUR GÉANTE MINIATURE
En 1974, la tour en feu doit être représentée par une maquette. Les experts L.B. Abbott et A.D. Flowers font tout d’abord leurs tests sur une petite structure de métal avec dix fenêtres, derrière lesquelles sont fixées des boîtes en acier dotées d’un générateur d’étincelles et de trois tuyaux. Ils projettent du butane, à la flamme bleue sans fumée, de l’acétylène, à la flamme orangée qui dégage une fumée noire, et de l’air comprimé. En les dosant, Abbott règle la couleur du feu et de la fumée, et agite les flammes pour leur donner des formes crédibles. Filmées à 72 images par seconde, elles sont ralenties à la projection à 24 images par seconde et elles semblent immenses ! Après ces essais, une maquette en métal de 21 mètres de haut est construite et équipée de centaines de tuyaux de gaz, de milliers de petites ampoules. L’hôtel Hyatt Regency de San Francisco sert de décor au hall d’entrée. Les ascenseurs-capsules, à l’extérieur de l’immeuble, sont reproduits sur la maquette et aussi à taille réelle pour les scènes d’action filmées en studio. Reste à orchestrer l’explosion des réservoirs d’eau au sommet du gratte-ciel. Elle est tournée dans un décor de 3 300 m2 et huit mètres de haut, entouré par un panorama peint de San Francisco. Paul Newman, Steve McQueen, Fred Astaire et les autres acteurs sont attachés au décor, quand les flots déferlent, propulsés grâce à sept lances à incendie. C’est l’un des morceaux de bravoure qui nous bluffent encore, cinquante ans après la sortie du film.
La Tour infernale, dimanche 30 avril à 20h50 sur Arte
PASCAL PINTEAU