Auteurs du scénario, Michel Leclerc (Le Nom des gens, Télé gaucho…) et sa compagne, Baya Kasmi, ont fait face au problème « tout sauf drôle » que bien des parents rencontrent, dans les quartiers dit sensibles : pour leurs rejetons, école publique ou privée ? Sous leur plume affûtée, leur histoire est devenue une comédie gonflée et vivifiante, tournée à Bagnolet (93), à l’école Jean-Jaurès, où allait leur enfant. « Nous avons fait ce film pour désamorcer nos peurs. Et puis, j’ai envie de faire marrer les gens. Transformer la lourdeur en légèreté, c’est mon boulot », souligne Michel.
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Baya et Michel deviennent donc, à l’écran, Sofia et Paul, des bobos parisiens qui emménagent en proche banlieue. Elle, d’origine maghrébine, est une brillante avocate issue de la méritocratie. Lui est un dandy libertaire, chanteur-batteur d’un groupe punk qui a connu, autrefois, son quart d’heure de célébrité. Ils croient aux valeurs de partage, aux bienfaits de la mixité, et ont foi en l’école de la République. Jusqu’au jour où leur fils, Corentin (Tom Levy), leur demande de rejoindre ses copains, tous partis, les uns après les autres, à Saint-Benoît. Que faire ? Ne pas céder, au risque de rendre leur garçon malheureux ? Quitter la primaire du quartier, ses enseignants exténués, ses classes vétustes et ses gamins à problèmes, pour le rassurant établissement privé ? Et s’ils trichaient plutôt avec la carte scolaire ? Le débat entre les époux vire à la crise conjugale.
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UN COUPLE EN OR
En choisissant Leïla Bekhti et Édouard Baer pour incarner ce couple quadra en pleine turbulence existentielle, Michel Leclerc a vu juste. Les comédiens apportent beaucoup de profondeur et pas mal d’eux-mêmes à leurs personnages. Leïla Bekhti, sa grâce et sa détermination. Édouard Baer, sa verve excentrique et son aisance. « C’est un père au foyer. Dans sa tête, il est une sorte d’Iggy Pop de Bagnolet et, en même temps, il peut passer ses journées à faire tourner des machines à 40 °C », précise son interprète. Leïla Bekhti, qui a fréquenté l’école de Jules Ferry et avoue ne garder que de bons souvenirs de son lycée, à Montrouge (92), a beaucoup parlé avec le réalisateur. « Nous avons eu de nombreuses discussions, explique ce dernier, pour être sûrs de ne pas aller dans la stigmatisation, sans édulcorer pour autant. » Ainsi, La Lutte des classes aborde la laïcité, le communautarisme, l’idéal de l’école pour tous qui s’écroule et se moque d’une certaine bourgeoisie de gauche, en pointant ses préjugés et ses contradictions, à travers un humour souvent sur le fil. Entre la chanson « destroy » sur le pape, le dîner avec des voisins qui tourne au vinaigre à cause d’un malheureux « vas-y, sors ta Kalach ! » et le « super plan laïcité » de monsieur Bensallah (merveilleux Ramzy Bedia), le film multiplie les situations et les dialogues qui donnent autant à rire qu’à réfléchir.
La lutte des classes : dimanche 26 février à 21h10 sur France 2
Isabelle Magnier