En 2010, lorsque Damien Chazelle, futur réalisateur de Whiplash et de Babylon, débarque à Los Angeles, fraîchement diplômé de Harvard, il n’a qu’une idée en tête : transformer son film de fin d’études, Guy and Madeline on a Park Bench, un musical en noir et blanc, en une grande comédie musicale, imprégnée de l’humeur de la Cité des Anges. L.A. l’inspire, comme Cherbourg et Rochefort ont inspiré Jacques Demy, que le jeune réalisateur vénère. Seulement, à Hollywood, danser sous la pluie ou chanter au pays d’Oz ne fait plus rêver. La loi du marché. « Le scénario plaisait, mais la proposition n’était pas assez commerciale », confie Chazelle. « Sur le papier, c’était un projet fou, impossible à monter », concède Jordan Horowitz, le producteur du cinéaste. Grâce au succès et aux trois Oscars qui ont couronné Whiplash, en 2015, sur un jeune batteur qui apprend son art auprès d’un prof tyrannique, La La Land peut voir le jour.
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DANS LES PAS DE CYD CHARISSE ET GENE KELLY
D’abord, il faut trouver le casting. Miles Teller (le héros de Whiplash) et Emma Watson, premiers choix pour incarner le couple star du film, ayant décliné, Ryan Gosling et Emma Stone entrent alors en scène. Soit Sebastian, un pianiste, et Mia, une apprentie comédienne. Lui joue dans les bars miteux, en rêvant d’ouvrir son propre club de jazz. Elle vend des cafés, tout en courant les auditions. Ils chantent pour se dire ce qu’ils ont sur le coeur, font des claquettes pour se dire « Je t’aime », et font palpiter cette émouvante histoire d’amour contrarié , sur fond d’ambitions artistiques, de rêves brisés et de mélancolie. « Emma me rappelle les grandes légendes de Hollywood, comme Ingrid Bergman. Ryan a le stoïcisme d’un Gary Cooper ou même d’un Jean Gabin », résume Damien Chazelle.
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RITOURNELLES ET EMBOUTEILLAGES
Pas de comédie musicale sans refrains inoubliables. Jacques Demy avait Michel Legrand, dont les chansons des Demoiselles de Rochefort sont devenues des hits intemporels. Damien Chazelle a Justin Hurwitz, son camarade de fac en cursus musique. De City of Stars au virevoltant Another Day in the Sun (Un autre jour au soleil), il signe une étourdissante partition entre mélodies nostalgiques, jazz intemporel et musiques contemporaines. « Avant que j’écrive le moindre dialogue, que l’on réfléchisse à l’intrigue, Justin avait déjà le thème musical », admire le réalisateur. On chante, mais d’abord on danse. Ainsi, La La land s’ouvre sur une bretelle d’autoroute embouteillée. En quelques secondes, l’asphalte est envahi de danseurs surgis des voitures, pour une sarabande endiablée sur les capots.
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Cette séquence d’anthologie est inspirée de celle des Demoiselles de Rochefort, raconte Chazelle : « Je me souviens des routiers qui, en sortant de leur camion, s’étirent et, de ce simple mouvement enchaîné avec un autre, naît une chorégraphie. » Plus loin, quand une valse et un baiser échangé dans l’observatoire de Griffith Park (celui ou fut tourné La Fureur de vivre, avec James Dean) fait s’envoler les amoureux dans les étoiles, les rêves prennent vie. Un enchantement.