La Guerre selon Charlie Wilson (Arte) – « Tom Hanks donne de moi une image meilleure que je ne suis vraiment »

Publié le 9 février 2025 à 13:10
Absolument génial dans le rôle d’un sénateur haut en couleur, Tom Hanks porte avec une jubilation contagieuse cette comédie géopolitique où la vérité surclasse de très loin la fiction

 “Charlie Wilson m’a fait le même effet que Forrest Gump, sauf que ce type est bien réel. Son histoire ressemble à une farce politique surréaliste !", raconte Tom Hanks, qui incarne avec gourmandise ce politicien de l’ombre qui a précipité la chute de l’URSS. Lorsqu’il découvre le bestseller que lui a consacré le journaliste George Crile, l’acteur est bluffé par le destin hallucinant du sénateur démocrate du Texas, élu douze fois d’affilée, de 1972 à 1996 : « Charlie Wilson est le Mick Jagger de la politique ! » Il acquiert aussitôt les droits pour en faire un film. 

Personnage de roman, baroudeur débauché collectionnant les maîtresses, abusant du whisky et de la cocaïne, mais stratège visionnaire, cette figure flamboyante du Congrès, dont le surnom était « Good Time Charlie », a fait passer l’aide US aux moudjahidines afghans luttant contre l’invasion de leur pays par l’armée rouge en 1979, de 5 millions à 1 milliard de dollars. Tom Hanks confie le scénario à Aaron Sorkin, auteur spécialiste des arcanes du pouvoir, à qui l’on doit la série référence À la Maison Blanche. Son ambition : « Faire l’adaptation la plus divertissante et glamour possible, et surtout pas une leçon d’Histoire. »

Derrière la caméra : le chevronné Mike Nichols (Le Lauréat, Primary Colors…). Pour le glamour : Julia Roberts ! Éloignée des plateaux, l’actrice, devenue mère, exige des rôles pépites pour quitter le cocon familial. Hanks lui offre de camper Joanne Herring, la milliardaire texane, bigote mondaine et anti-communiste zélée, qui a ouvert les yeux de Wilson, son amant, sur le sort des Afghans. Alors que son modèle a dix ans de plus qu’elle, Julia confie : « Même si le personnage avait eu trente ans de plus que moi, j’aurais accepté. Je ne voulais qu’une chose : lui ressembler le plus possible. Rien ne peut l’arrêter, elle est impressionnante ! » Julia n’a pas souhaité l’approcher avant le début du tournage : « Elle avait l’air convaincue par ma prestation. Si ça n’avait pas été le cas, elle me l’aurait fait savoir. » 

Charlie Wilson, ravi de voir son travail enfin reconnu, était, lui, au côté de Tom Hanks. Souvenir : « Il aurait sans doute préféré un grand beau mec comme Kevin Costner pour l’incarner ! Dès le départ, il nous a dit qu’il se fichait de la façon dont on le dépeindrait, car tout était vrai à son sujet. Son souci était que ses motivations soient représentées avec justesse. » Selon l’intéressé : « Tom Hanks donne de moi une image meilleure que je ne suis vraiment. » Zéro fausse modestie ici. Mais à ceux qui accusent l’ex-sénateur d’avoir armé Al-Qaida, l’acteur répond qu’il n’est pas le plus blâmable. Sa cible était l’URSS. À d’autres, le SAV ! En 1989, lorsque les Soviétiques ont jeté l’éponge et quitté l’Afghanistan, le président du Pakistan s’est, dit-on, exclamé : « C’est Charlie qui a fait le coup ! » Ce glorieux inconnu méritait bien un film.

La Guerre selon Charlie Wilson, dimanche 9 février à 21h00 sur Arte

Voir La Guerre selon Charlie Wilson en streaming :

JULIEN BARCILON 

Par
Julien Barcilon