Jackie Brown (Arte) – Pam Grier : « On peut revenir sur le devant de la scène à 49 ans si on a la foi »

Publié le 22 juin 2025 à 8:33
MIRAMAX FILMS
Après le carton du trépidant Pulp Fiction (Palme d’or en 1994), le cinéaste signe une ode à l’identité afro-américaine, portée par Pam Grier, ex-star des années 70.

Il ne s’en cache pas, le cinéaste de Kill Bill fait des films pour y mettre ses obsessions, ses idoles, ses musiques préférées… Ainsi, Accross 110th Street, immense tube de la soul, interprété par Bobby Womack, accompagne l’entrée en scène de Jackie Brown (Pam Grier), en uniforme bleu pétant, la foulée volontaire, un port de reine… L’hôtesse de l’air fait la liaison Los Angeles-Cabo San Lucas, au Mexique. Pour arrondir ses fins de mois, elle passe l’argent d’un petit trafiquant d’armes (Samuel L. Jackson), jusqu’au jour où elle se fait coincer par les fédéraux…

Quentin Tarantino adapte Punch Créole, d’Elmore Leonard, un polar à l’humour savoureux, aux personnages hauts en couleur et à l’intrigue serrée, auquel le réalisateur apporte sa patte : il fait de la Jackie blanche du roman une héroïne noire, afin de filmer la somptueuse Pam Grier, star oubliée de la blaxploitation, un cinéma d’action destiné aux Afro-Américains dans les années 60 et 70. 

PAM GRIER, SON ÉGÉRIE 

L’actrice se souvient avoir auditionné pour Pulp Fiction. Elle découvre le bureau du cinéaste tapissé d’affiches de films dont elle était la vedette. Pam n’aura pas le rôle (dévolu à Rosanna Arquette), mais Tarantino, qui n’a pas oublié ce qu’il doit à la Panthère de Harlem, lui taillera sur mesure le personnage de Jackie Brown. « Elle n’abandonne jamais, explique Pam Grier. Elle utilise son intelligence pour vaincre. Elle ne fait pas une bonne victime. C’est en cela qu’elle me ressemble : j’ai survécu dans ce métier pendant vingt ans, et j’en ai gardé des cicatrices que je peux montrer. » 

Comme Pulp Fiction le fut pour John Travolta, Jackie Brown sera un nouvel envol pour l’actrice passée de mode. « Disons que Quentin m’a offert une tribune. À travers lui, je démontre que la valeur n’est pas liée à l’âge, au sexe ou à la couleur de peau, mais plutôt à une certaine spiritualité. On peut revenir sur le devant de la scène à 49 ans si on a la foi. » Autour de son égérie, le réalisateur déploie un casting de choix : Robert De Niro dans un magnifique contre-emploi de loser abruti, Robert Forster, vétéran des séries B, dans le rôle du prêteur de caution désabusé, Bridget Fonda, en surfeuse envapée, et le génial Samuel L. Jackson, inénarrable petit trafiquant bavard et méchant. 

SAMUEL L. JACKSON, LA PÉPITE 

« Pour ce rôle, n’importe quel réalisateur aurait donné son bras droit pour avoir Samuel. Son malfrat est un danger permanent, mais il est aussi éloquent et intelligent, ce qui le rend encore plus effrayant », décrypte Tarantino. Jackie Brown contraste avec les précédents Reservoir Dogs et Pulp Fiction. Ici, les personnages sont plus fouillés, le film, moins chargé en adrénaline, prend son temps. « Plus on revoit Jackie Brown, plus on s’y attache, parce qu’on connaît les personnages en profondeur. Et plus on les connaît, plus on aime passer du temps avec eux, comme des proches. Voilà ce que nous fait Jackie Brown. Je suis fan. » Parole de Tarantino.   

Jackie Brown, dimanche 22 juin à 21h00 sur Arte

Par
Isabelle Magnier