Intolérable cruauté des frères Coen : « George Clooney est trop beau, nous aimons qu’il ait des obsessions physiques ridicules »

Publié le 21 janvier 2024 à 9:23
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En 2003, les frères Coen orchestrent avec humour les noces du glamour et du cynisme dans cette comédie romantique délicieusement iconoclaste. George Clooney et Catherine Zeta-Jones sont en roue libre.

Pour plumer un mari fortuné ou une belle héritière, s’offrir les services du sémillant Miles Massey, c’est déjà sabrer le champagne et brancher le Jacuzzi dans votre somptueuse villa, offerte en dédommagement de vos déboires amoureux ! Jamais avocat n’a si bien porté le titre de maître. Avec lui, Casanova serait passé pour un puceau apeuré. Personne ne lui arrive à la cheville. Personne ? Objection ! La belle Marylin Rexroth, croqueuse de maris pleins aux as qu’il a privée d’un joli pactole au tribunal, est bien décidée à faire mordre la poussière au matador des prétoires. « Quelle jubilation de se mettre dans la peau d’un tel personnage ! Cela dit, après avoir lu le scénario, je me suis dit que, plutôt que d’en faire une salope intégrale, je voulais trouver quand même des qualités rédemptrices à Marylin ! », raconte Catherine, avec le plaisir de l’artiste consciente qu’elle vient de nous offrir une toile de maître. Sa Marylin est divine, rusée, mercantile et diabolique. L’arrivisme fait femme, qu’elle incarne avec une palette d’émotions insondables. 

GEORGE « CLOONESQUE » 

Versus Mme Zeta-Jones, les Coen ont fait appel à leur cher Clooney, dont ils ont révélé au monde, en 2000, le clown qui sommeillait en lui, avec O’Brother. Ces trois-là partagent la même fibre comique. Témoin : les frangins Ethan et Joel avaient – ès qualités de script doctors – réécrit et peaufiné quelques années auparavant le scénario d’Intolérable cruauté, qui patientait dans les cartons. Et c’est précisément l’ami Clooney, ignorant tout des auteurs, qui, séduit par le pitch et les personnages, leur a apporté, en leur demandant de le réaliser ! « Les Coen sont des auteurs. Avec eux, on se sent en toute liberté, ce qui vous libère totalement. Je ne connais aucun acteur qui dirait non aux frères Coen. » On le comprend, tant il s’amuse avec ce Miles Massey, obnubilé par la blancheur de ses dents… Vous l’aurez deviné, il y a un parfum de screwball comedies, ces farces de l’âge d’or de Hollywood. « Comme chez Preston Sturges ou chez Howard Hawks, qui mettaient deux stars dans une situation impossible, où leurs personnages se détestaient tout au long du film, en se chamaillant à coup de dialogues spirituels et de reparties mitraillettes », s’enthousiasme Catherine Zeta- Jones. Un pur régal, où l’amour et la félicité conjugale prennent cher. Ici, le romantisme passe à la moulinette l’esprit fleur bleue. Entre Marylin et Miles, c’est plutôt « l’eau de rosses » qui est distillée. Avec une jubilation contagieuse. 

ÉPILATION DU MAILLOT ! 

Et le péché mignon des Coen consiste à piétiner le glamour de Clooney, présenté alors comme le nouveau Cary Grant : « George est trop beau, nous aimons qu’il ait des obsessions physiques ridicules. » Celui qui était, en 2003, le célibataire le plus en vue de Hollywood, l’est avec panache et une gourmandise non dissimulée. À la question : « Quelle est la plus intolérable cruauté, à vos yeux ? », George et Catherine ont répondu à l’unisson : « Une épilation du maillot… ça, c’est de l’intolérable cruauté ! » Passer la soirée en si bonne compagnie ne se refuse pas.

Intolérable cruauté, dimanche 21 janvier à 21h00 sur Arte

Par
Julien Barcilon